Tinder : plus qu’une application, un réseau social

 

Tinder a réussi à se faire un nom. Barclays estime son chiffre d’affaires à 200 millions d’euros en 2016. – (source photo : Wikipédia)

Tinder a le vent en poupe. Barclays estime son chiffre d’affaires à 200 millions d’euros en 2016. – (source photo : Wikipédia)

Droite, gauche, droite, gauche. Le doigt vire dans ces deux sens et les photos défilent à une vitesse folle. Tinder, c’est l’art de flirter en évitant les râteaux. L’application mobile, créée il y a seulement deux ans, devient un réel réseau social branché.

L’appli qui match ! En fusionnant proximité, rencontre et simplicité, Tinder s’impose en 2014 comme un concurrent sur le marché des réseaux sociaux. Fruit du travail de quatre Américains, le supermarché de l’amour, ce sont 21 employés à plein temps à Los Angeles et 65 demandes de mariages réussies. Catégorisé comme un site de rencontre, le service mobile évolue progressivement à l’instar d’un vrai réseau social.

Tinder, une communauté ?

Sean Rad, co-fondateur de l’application de l’amour, a déclaré  avoir plus d’1,2 milliard de swipes (le geste pour dire si on aime ou non le profil de quelqu’un) par jour, soit 350 millions de plus par rapport à mai 2014. Malgré le fait qu’AppData compte 2 millions d’utilisateurs par jour et que Les Echos annonce 30 millions d’afficionados de Tinder, la société ne souhaite pas donner de chiffre sur la question même si elle déclare une augmentation de 5% par jour. Une réussite que Clément Pellerin, formateur en réseaux sociaux, explique « du fait de l’élimination des formulaires longs à remplir des autres sites de rencontre et de la simplicité d’usage », avant d’ajouter que « la gratuité est bien évidemment une raison du succès ».

Lors de son allocution à la conférence de Forbes du 20 octobre, Whitney Wolfe, co-créatrice de Tinder, a révélé 2 milliards de matches fin 2012 et une population homme-femmes équilibrée. Selon elle, l’objectif de l’application est de « mener à une rencontre immédiate et décomplexer la rencontre en ligne ». Décomplexer mais aussi glorifier. En quelques minutes, l’application juge sur l’apparence et flatte l’égo. Avec sa géolocalisation programmée, Tinder forme une réelle communauté. Son aspect de réseau de niche et la difficulté de faire de faux profil légitiment les membres de l’application dans leur recherche de « l’amour ». Cet espace numérique, en majorité d’utilisateurs urbains, n’oblige pas à se mettre en couple mais plutôt favorise les coups d’un soir. Un vrai concept inspiré des dates à l’américaine qui homogénéise la culture de la drague.

« Un formidable écosystème »

Tinder s’est démarqué en s’inspirant des différentes fonctionnalités des autres réseaux sociaux. Pour Vincent Glad dans CheekMagazine, « l’appli a réussi là où Facebook a échoué, à savoir en connectant des inconnus entre eux ». Les poke et les likes de Facebook sont les ancêtres des swipes et des matches.  Alors que sa gratuité est un des facteurs de sa popularité, la révolution technico-amoureuse prépare des gadgets payants : le bouton « annuler » permettant de revenir sur un profil swipé et la touche « passeport » avec géolocalisation illimitée.

Sean Rad l’assure dans Forbes, « ce formidable écosystème » est un réseau social : « les gens voyagent, ils essayent de se faire des amis sur place grâce à Tinder. Certains l’utilisent pour faire du business. Il y a des artistes qui cherchent à diffuser leur musique et atteindre leurs fans. Des gens utilisent aussi Tinder pour avoir plus de followers sur Instagram. » Une agence de publicité nord-irlandaise s’est d’ailleurs appropriée le service  pour une campagne de faux profils de lutte contre la prostitution (voir encadré ci-dessous). Cet écosystème  s’étend même sur les autres réseaux sociaux : les utilisateurs s’échangent leurs profils Facebook, se suivent sur Twitter et proposent même des bêtisiers des profils les plus drôles sur Tumblr.

Tinder Thumb, addict aux matches

Du bon comme du mauvais. L’application des dragueurs du net révèle aussi des défauts. Dans le documentaire Love me Tinder diffusé sur France4, la journaliste évoque le comportement très entreprenant de certains prétendants et l’effet  de travail à la chaîne du flirt. La presse anglaise a même découvert une addiction qu’elle nomme le Tinder Thumb, soit une consultation incessante à chaque fois qu’on se trouve dans un nouveau lieu, pour ne rater aucune cible potentielle. « Tinder peut nuire à la relation hommes femmes dans la mesure où l’on est vraiment dans la consommation d’un produit » confie Clément Pèlerin, l’expert en médias sociaux, « on ne cherche pas à creuser, on sait que l’on pourra trouver facilement d’autres prétendants ».

La plateforme numérique des tchatcheurs a su correctement se positionner sur le marché fructueux des rencontres sur Internet, estimé à 1,13 milliards de dollars selon lejournaldunet. Une société française s’est déjà inspirée de Tinder pour créer Happn : encore loin d’être aussi populaire que sa grande sœur, ce petit poucet ambitionne de ringardiser l’application des matches. Mais Tinder surveille les mastodontes des médias sociaux, notamment Facebook. Même s’ils sont partenaires (il faut avoir un compte Facebook pour être sur le service), David veut titiller Goliath. À ce jour, le terrain sur lequel les deux se retrouvent est le parcours en dents de scie de leurs fondateurs : coup de théâtre début novembre, Sean Rad, co-fondateur de Tinder, est démis de ses fonctions de PDG pour une affaire d’harcèlement sexuel sur Whitney Wolfe. L’application n’a pas encore prévu de se placer en bourse, mais a déjà de quoi sortir un film : The Tinder Social Network.    

 

Florian Guadalupe

 

« Tinder a dépassé le stade de simple appli de rencontre »

Lauren Provost, l’experte des réseaux sociaux de l’Huffington Post. – (source photo: plus.google)

Lauren Provost, l’experte des réseaux sociaux de l’Huffington Post. – (source photo: plus.google)

Spécialiste des réseaux sociaux et journaliste au Huffington Post, Lauren Provost voit en Tinder plus qu’une simple application : un réseau social et un canal de communication.

Comment Tinder est devenu un réseau social ?

Si Tinder reste une application mobile, celle-ci réunit dès le départ les composantes clés d’un réseau social, à savoir des individus reliés entre eux, une technologie et la création de contenus. On voit, par exemple ici, les profils des utilisateurs et leurs discussions quand ils matchent. On pourrait donc dire que Tinder a été conçu comme un réseau social et n’en est pas vraiment « devenu » un.

L’application a pourtant évolué depuis sa création ?

Si on doit parler d’une transformation de Tinder actuellement, je dirai que l’application a effectivement passé un cap car, désormais, des personnes extérieures au réseau créent du contenu spécialement pour Tinder et ses utilisateurs. Pour vous donner un exemple récent, en Irlande, une agence a conçu une campagne de sensibilisation contre le trafic sexuel à la demande du Conseil de l’Immigration. La campagne se déroule sur Tinder avec de faux profils de femmes. Lorsque l’utilisateur fait défiler les photos de leur profil, il découvre peu à peu des éléments troublants comme des hématomes. La dernière photo du profil dévoile qu’il s’agit d’une campagne et contient un message de sensibilisation. Avec cet exemple, on voit également que Tinder a dépassé le stade de simple appli de rencontre. Aujourd’hui son utilisation est détournée, comme lorsqu’un jeune à la recherche d’emploi décide d’y publier son CV.

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