Neuf ans de menace

Une de Charlie Hebdo

Une de Charlie Hebdo

Ce matin, trois terroristes ont attaqué la rédaction de Charlie Hebdo, faisant douze morts et huit blessés. Le directeur de la rédaction Charb, ainsi que trois autres dessinateurs, Cabu, Tignous et Wolinski ont été abattus.

Triste prémonition. Dans le premier Charlie Hebdo de l’année, sorti ce jour dans les kiosques, Charb s’étonnait dans un de ses dessins qu’il n’y ait pas encore d’attentat en France. « Attendez, on a jusqu’à le fin janvier pour présenter ses vœux », lui répondait un homme, arme en main et ressemblant à un taliban. Malheureusement, il avait vu juste. Ce matin, l’attentat qu’il attendait ironiquement, a bel et bien eu lieu et lui a couté la vie, ainsi qu’à onze autres personnes présentes sur les lieux.

Cet attentat est le résultat d’une longue histoire entre le journal satirique et l’Islam. En 2006, il reprenait des caricatures du quotidien danois Jyllands-Posten, au nom de la liberté d’expression. Ces douze dessins provocateurs mettaient en scène le prophète Mahomet. Ici se situe le point de départ des menaces, avec qui Charlie Hebdo vit depuis bientôt 10 ans. Depuis, des policiers veillaient systématiquement à l’entrée de la rédaction, dans le onzième arrondissement de la capitale.

Pourtant, Charlie Hebdo, pas vraiment effrayé, a continué à publier des caricatures du prophète. En 2011, il avait transformé son nom en Charia Hebdo, mettant a nouveau en scène Mahomet. Premier avertissement d’envergure, dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, les locaux du journal sont incendiés. Si aucune victime n’est à déplorer, l’intérieur du bâtiment, est intégralement détruit. Charb est, dès lors, mis sous surveillance rapprochée. Dans le même temps, le site internet est piraté durant quelques heures avec, en guise de page d’accueil, une photo de la mosquée de la Mecque titrée du slogan « No got but Allah » (Pas d’autre Dieu qu’Allah).

En 2012, Charb expliquait que malgré les menaces de plus en plus pressantes, son journal ne modifierait pas sa ligne de conduite. « Il y a de la provocation comme toutes les semaines, pas plus avec l’islam qu’avec d’autres sujets », faisait-il savoir… En grandes difficultés financières le journal est menacé de disparition. Mais, aujourd’hui, l’important n’est pas là. Aujourd’hui, nous sommes tous Charlie.

Antoine RAGUIN

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