JOUR 1 – NARBONNE NE NOUS DONNE PAS CARTE « BLANCHE » – CARNET DE VOYAGE 2016

Déjà un an que notre périple en Corse s’est achevé. Nous devons cette année recommencer l’aventure. Le travail et les études de certains et la flemme des autres ont fait que ces vacances estivales 2016 se sont organisées « à l’arrache », sans aucune préparation. Un peu moins de deux semaines avant le départ, nous nous étions simplement dits : « On part de Narbonne le 13 août, on doit être le 20 au matin à Montpellier, entre ces deux dates, on va se démerder. »

Ce « nous » était composé tout d’abord de Loïc, un ami belge que j’ai rencontré il y a de ça six ou sept années dans un centre de vacances en Ardèche. Prenant l’avion le samedi 13 août, il m’a rejoint l’après-midi à Narbonne. S’en suivent ensuite de Lucas et Léo, vieilles canailles que je côtoie depuis les rangs de la maternelle. Ces deux lascars optent pour un blablacar de nuit, afin de débarquer au premier checkpoint à l’heure tardive ou très tôt de 4 heures du matin, le dimanche 14 août. Quant au dernier de la bande, Thibault, le membre « alfa » de l’équipe, doit nous rejoindre le 16 août dans l’aventure sudiste. Nous devions être cinq. Nous devions passer une semaine dans le sud. Nous devions en prendre plein les yeux.

 

JOUR 1 – NARBONNE NE NOUS DONNE PAS CARTE « BLANCHE »

Le voyage commence pour moi en Espagne. Je viens de passer une semaine avec ma mère, mon frère et ma petite sœur en dessous de Barcelone, à Calafell. Eux restent encore une semaine près de Valence. Je n’ai pas passé de vraies vacances avec ma famille depuis plusieurs années. Cela doit certainement être un voyage en Crète, juste avant mes débuts en école de journalisme. Après sept jours dans la chaleur catalane, je prépare mon sac, ma tente et mon duvet méticuleusement.

Un blablacar doit me déposer directement à la gare de Narbonne. A l’avant du véhicule, Sophie, une jeune maman de moins de 40 ans est assise à côté de son compagnon, dont le nom m’a vite échappé. Les deux fonctionnaires au département de l’Hérault, très proches du Parti socialiste, ont connu des retournements de veste (changements de stratégie politique, pour ceux qui ne comprennent pas) assez violents lors des pertes conséquentes des fiefs sudistes. Sophie est une ancienne directrice de cabinet, rapidement mise au placard au service des ressources humaines, son amie est photographe pour la collectivité territoriale.
Je sympathise assez rapidement avec eux, mais il y a un hic, je ne suis pas le seul « passager » de ce voyage. Pendant une heure, nous attendons à Barcelone, au pas d’un Auchan, deux Espagnoles qui quittent l’aéroport pour se rendre ensuite à Montpellier. Ce sont une mère et une fille. La plus âgée ressemble à deux gouttes d’eau à la mère farfelue aux cheveux oranges de l’émission de TF1, « Qui veut épouser mon fils ». La plus jeune est blonde, à peine majeure, l’appareil dentaire dépassant de la bouche et au style bimbo et squelettique. Mais c’est surtout leur chihuahua, placé dans un sac à chien rose, qui m’a surtout insupporté par ses aboiements incessants. Satané Mirza !

La plage tombe à l’eau

Autour de 16 heures, j’arrive enfin à la gare de Narbonne. Sophie me conseille de garder son numéro si jamais j’ai besoin d’aide lors de mon trip, elle a dû sentir la bancalité de ce voyage. Moi, je retrouve enfin Loïc, que je surnomme « Lolo ». De son côté, il m’appelle « Chichi ». Seuls sa sœur et lui m’apostrophent ainsi, ce surnom est simplement lié à mes racines chiliennes. Tous les deux épuisés du voyage, on rêve de trouver un camping près de la plage et pouvoir être les premiers à se baigner. Direction Narbonne Plage, à plus d’une dizaine de kilomètres du centre-ville, un bus, coûtant la maudite somme d’un euro, nous dépose juste avant l’entrée de Narbonne Plage, proche de deux grands campings, dont l’un possède plus de 750 emplacements de tente. Devant la réception, on zieute les prix pour la nuitée. Mon porte-monnaie se cache au plus profond de ma poche, refusant d’être utilisé pour un tel montant (que je n’ose pas vous mentionner). Nous n’avons pas le choix, il faut se loger quand même. Mais ça ne va pas être une histoire d’argent puisque le camping est avant tout complet ! Grosse déception…

Je dégaine mon téléphone pour voir le pourcentage de batterie qu’il me reste. Ca ne sent pas bon, mon smartphone s’est vidé à une vitesse grand V. J’essaye d’appeler quelques campings aux alentours, la même réponse à chaque fois : complet. L’obligation de se loger ce soir est primordiale, même si la motivation commence peu à peu à disparaître. « Rejoignons le centre de Narbonne Plage, l’office de tourisme va surement nous aider », je glisse à Loïc, essayant de garder la face. Le bus doit repasser que dans 30 minutes. On mise tout sur l’auto-stop. Ca avait cartonné en Corse, là ça marchera surement, surtout qu’il y a la place de se garer et que le chemin n’est pas long. Quelle erreur… Entre les doigts d’honneur, les moqueries, les faux arrêts ou l’ignorance, on termine par reprendre le bus.

L’office de tourisme nous rit au nez : « On est le week-end du 15 août, vous savez ? Tout est complet ! » Campings, locations, gîtes, hôtels, plus aucune place. Que faire ? J’hésite à insister auprès des passants pour négocier une place dans leur jardin, mais même là, l’énergie n’y est plus. Assis sur du gazon, près de papys joueurs de pétanque et sirotant leur pastis, nous cherchons une solution, aidés des trois ou quatre cartes que nous avons. Il nous est hors de question de dormir dans la rue, surtout le premier soir.
Je prends les sacs : « On abandonne la plage. Je vais appeler Lucas et Léo pour leur dire qu’on part demain au Cap d’Agde, j’ai une amie qui nous aidera à trouver un camping. On ne peut pas rester ici. On va rincer ce soir l’hôtel mais c’est pour une nuit. » On reprend une énième fois le bus et j’utilise les derniers pourcentages de batterie de mon téléphone, que j’avais éteint « au cas où », pour trouver un hôtel. Bis repetita, le même discours, tout est complet. Nos visages se défigurent au fur et à mesure de l’arrivée du bus à Narbonne Centre. Mon baroud d’honneur est la gentillesse des gens. Je demande au passager du car s’ils savent où nous pouvions loger ce soir.

Hôtel de Paris

Une petite famille, composée d’une mère, d’un grand fils et d’une fille me répondent : «  On n’est pas d’ici, on a passé une semaine à Narbonne Plage en camping. J’(le fils) ai réservé un hôtel à Narbonne pour la nuit. Le réceptionniste m’a dit qu’il lui restait une chambre ». Originaire de l’Oise, près de Beauvais, la petite famille va prendre un vol low-cost demain matin. C’est principalement le gars qui échange avec nous, la mère profite de la hauteur de son sac à dos pour se cacher derrière et rester la plus muette possible. La demoiselle fixe constamment son téléphone. Je jette un coup d’œil vite fait sur son iPhone, découvrant qu’elle joue à l’application la plus téléchargée du moment, Pokémon Go. Les seules fois où elle intervient dans notre discussion sont pour recadrer son frère. Lui avait les yeux rouge sang, de fatigue ou dû au sel de la mer.

Pour nous, l’hôtel, dont nous avait parlé le jeune brun à l’œil de Sauron, est celui de la dernière chance. C’est ça ou la nuit se fera à l’extérieur, sans douche, sans toilettes, sans électricité. Ce dernier élément est essentiel pour contacter Léo et Lucas, qui doivent arriver à 4 heures du matin. Il est presque 20 heures. Loïc et moi suivons le trio familial vers l’Hôtel de Paris. Un signe, pour moi, le banlieusard de région parisienne ? Avant de pénétrer dans l’établissement, on passe par un sas disposant d’une vieille sonnette et d’une porte en bois abimée. Un petit homme gringalet à la voix aigüe, aux cheveux bouclés et ébouriffés, nous accueille à la réception qui n’est rien d’autre que le bas des escaliers.  Cet homme à tout faire est le responsable de cet établissement un peu glauque. Avec Loïc, nous décidons de le surnommer Alfred, en rapport au majordome de Batman, bien qu’il ressemble bien plus au personnage surréaliste de « Scary Movie 2 » qui crie « Microbes !».

Après l’enregistrement à l’ « accueil » de la petite famille, vient notre tour. Je lui lance, plein d’espoir : « Bonsoir, on voulait savoir s’il vous restait des places dans votre hôtel ?
Non, c’est complet ce soir, me coupe-t-il.
Allez monsieur, donnez-nous n’importe quoi. On peut payer, même un petit emplacement dans votre jardin, supplie-je ne m’avouant pas vaincu. Vous n’allez pas nous laisser dormir dehors. »
On le voit réfléchir. Il doute, se frottant le haut du front dégarni.
« Bon, j’ai quelque chose.
On prend, crie-t-on de joie quasi-simultanément.
Oui, mais c’est une chambre avec un lit simple, sans toilettes, ni douche. »
Le luxe pour nous. Dans l’état dans lequel nous sommes, nous ne pouvons pas rêver mieux. Nous acceptons sur-le-champ, écoutant à moitié le speech classique de l’hôtel. 20 euros la nuitée pour deux, c’est toujours moins cher que le camping.

Quel cap à Agde ?

Au deuxième étage, nous pénétrons dans la chambre 14 : une petite pièce avec un lavabo, un miroir, une fenêtre dont la peinture s’écaille, une buanderie sans cintres et un lit pour une personne et demi. Vu comment la chambre est agencée, je suppose rapidement que c’est une chambre pour prostituées, mais à cet instant, j’avais le sourire. Nous venons de trouver un lieu où dormir, où poser nos affaires, où prendre une douche (qui se trouve un étage au-dessus) et où recharger les téléphones.
Il est presque 20 heures et après une fraîche toilette, on a déjà la tête à demain, le Cap d’Agde. Il faut contacter dès maintenant les campings pour être sûr de ne pas faire une « Narbonne 2 ». Un seul camping me répond : « Il nous reste peut-être des places, mais rien n’est sûr. »

Au Cap d’Agde, j’ai un joker que je ne comptais utiliser qu’en cas d’extrême urgence et surtout n’utiliser que pour faire une surprise. Lors d’une colonie de vacances au ski, cela va bientôt faire dix ans, je me suis lié d’amitié avec Théa, une jeune Clichoise, toute rayonnante, le sourire toujours aux lèvres. Après avoir longtemps gardé contact avec elle et partagé la même licence en Information-Communication dans la même université de Saint-Denis, elle a poursuivi ses études sur Montpellier. De fil en aiguille, la jolie demoiselle aux quelques piercings a terminé par travailler en tant que barmaid dans une boite de nuit du Cap d’Agde, le « Bora ». Quelle belle coïncidence. Je voulais lui faire la surprise sur place, mais les circonstances sont tout autres.
Ainsi, je l’appelle afin de savoir si elle connaît de bons tuyaux sur place. A son « allo » chevrotant au téléphone, je comprends déjà que Théa est malade. Lui expliquant ma situation, la désormais sudiste me glisse quelques noms de camping qui lui semblent corrects et dont j’aurais le plus de chance de trouver un emplacement. A peine raccroché, je préviens mes deux compères clichois, déjà fatigués dans leur blablacar, pour les avertir de la situation.

Rive droite

Il est temps de souffler ! Le choix du repas de ce soir se porte sur une pizza. Nous avons enfin le temps de discuter. Depuis deux ans et un court séjour à Paris de Loïc, nous ne nous étions pas revu. On avait toute notre vie à nous raconter : les études, le travail, la famille, les amours, bref. Déjà 22 heures, nous optons pour une petite bière et puis dodo. La journée a été assez longue comme ça, il faut être en forme pour la suite du périple.

Un petit tour près des différents bars qui longent le canal de Narbonne, et nous nous arrêtons à la « Rive droite ». Le petit concert qui se jouait juste devant la terrasse nous a convaincu d’y prendre un verre. Encore un problème (bien moindre que les précédents de la journée), aucune place n’est disponible et les chaises libres se font rares. Après plusieurs allers-retours, j’aperçois une jeune brune, toute mignonne avec son chignon sur la tête, sirotant seule son verre de blanc (ou était-ce du rosé ?) avec de part et d’autre de la table, deux grandes chaises.
«  Salut, on peut te prendre les chaises ?
Bien sûr, je suis toute seule, allez-y !
Toute seule ? Comment ça se fait ?, je lui demande.
Je reviens d’une colo dans laquelle j’étais animatrice, je connais personne ici.
Ca tombe bien, nous aussi, si ça te dit, on peut discuter ensemble. »

Je n’ai rien à perdre. Nous sommes aussi paumés qu’elle dans cette ville totalement inconnue pour Loïc et moi. Comme quoi, la galère est un bon moyen de rencontrer des gens. Evidemment, elle acquiesce. Elle s’appelle Blanche, aura 20 ans (le 21 août, oui, aujourd’hui, c’est déjà passé). Après avoir déposé à Narbonne des enfants de sa colonie de vacances qui s’est déroulée en Bretagne, l’étudiante en licence doit prendre un train en direction du sud-est de la France demain à 11 heures. La loose. Son organisme lui a offert la superbe nuit… dans une auberge de jeunesse, dont elle définira les autres hôtes de « chelous » et « étranges ».

Quand Alfred dort, les souris dansent

Après avoir parlé journalisme, rap et autres expressions belges (un classique quand un Belge voyage en France), Blanche nous propose de poursuivre la soirée dans une boite ou un bar dansant, ce à quoi nous acceptons. Avec Loïc, j’accompagne notre nouvelle camarade de soirée dans la chambre de son auberge, pour qu’elle puisse se changer en « tenue plus cool ». 10 minutes, c’est le temps que nous ont laissé les responsables de nuit de l’auberge, n’étant nous pas autoriser à y pénétrer. Par la suite, Blanche nous suit à l’Hôtel de Paris, pour qu’à notre tour, nous puissions nous changer. Alfred nous l’avait bien spécifié : « Pas de personne externe aux clients ». Vous savez ce que nous avons fait, surtout qu’il dort, le Alfred, il était presque minuit.

Dans la chambre, nous nous changeons doucement, mais bruyamment. Enfilant un jean, je découvre la triste disparition de mon chapelet de ma poche gauche. Ceux qui me connaissent bien savent qu’il a une valeur extrêmement symbolique à mes yeux, cette petite croix représente à mes yeux le « vivre-ensemble ». Je l’avais eu en Israël, pays majoritairement juif, à Abou Gosh, ville majoritairement musulmane, dans un sanctuaire de moines bénédictins. Vous voyez le délire. Ne sachant pas que je possédais ce chapelet, Loïc m’indique l’avoir vu dans le couloir tout à l’heure, surement tombé lorsque je suis parti prendre ma douche. Semble-t-elle très touchée par l’histoire de mon petit objet, Blanche se met en quête de fouiller dans tous les couloirs de l’hôtel.

Laçant mes chaussures, la porte s’ouvre d’un coup sec. Non, ce n’est pas la jolie brune, d’origine italienne, près de Naples, qui est au premier plan, mais bien ce sacré Alfred, portant son plus laid pyjama (non, je n’ai pas vu les autres). Derrière lui, Blanche baisse la tête, entre honte, gêne et rire à la fois.
« Cette fille est avec vous. Elle n’a rien à faire ici, vous avez payé pour deux personnes, s’emporte-t-il la voix s’envolant à la fin dans les aigus. Déjà que je vous ai laissé une chambre. » On prend la poudre d’escampette pour s’en aller le plus loin possible et énerver le moins possible Alfred. Il ne fallait pas se faire virer maintenant de l’unique hôtel qui nous a acceptés.

Mais où est le Bota Foga ?

La soirée se poursuit en direction du bar dansant, que nous ne trouverons jamais, tous les passants nous ayant donné des directions différentes. Optons pour une épicerie ? La dernière et la plus proche du centre-ville ferme devant nos yeux. Il est 1 heure du matin. Sans regrets, nous faisons marche arrière pour retourner au bar de notre rencontre, la « Rive Droite ». Blanche exprime tout de même sa réelle envie, à plusieurs reprises, de découvrir ce bar dansant, qui se nomme le « Bota Foga ». La jeune fille de presque vingt ans démarre une investigation dans le quartier pour trouver cette boite. Elle interpelle deux trentenaires éméchées et tous les jeunes du coin. (Je vous épargne le long moment avec Aristide, Laurent et Aaron). Ce que notre nouvelle amie a oublié, c’est son incapacité actuelle à retirer de l’argent. Lors de la colonie, elle a dû retirer une grosse somme, qui ne lui est remboursé que plus tard.

Il est 2 heures 30 du matin. Le « Bota Foga » est abandonné. Coûtant 15 euros l’entrée, le seul bar ouvert jusqu’à tard ne donne plus très envie. Nous décidons tout de même de raccompagner Blanche, qui logé à deux pas de notre hôtel. Avant de se quitter, nous tombons sur une immense cathédrale en rénovation et dont l’entrée est facilement accessible. Se glissant sur des marches, devant la porte principale, nous profitons d’un spectacle imprévu : des étoiles filantes. C’est un peu le final réussi de cette soirée improvisée.

Nous quittons notre « Blanche » aux portes de son auberge de jeunesse, avec cette satisfaction de se dire « Premier jour, première superbe rencontre ». Il se fait tard. Dire que nous devions, à l’origine, nous lever tôt. Léo et Lucas arrivent presque de manière imminente à 4 heures du matin et nos réveils sont armés pour 7 heures 30. Ce premier jour se conclut dans notre petite chambre « à putes », de l’Hôtel de Paris, avec mon Belge préféré à mes côtés. Dès demain, l’aventure repart, avec de nouvelles personnes et une nouvelle destination ! On reprend à zéro.

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