JOUR 3 – A SETE, ON N’EST PAS SORTI DE L’AUBERGE !

 

« Tire-toi Victor, elles arrivent !» Il est tout juste 6 heures du matin. Depuis une demi-heure, une bande de blaireaux provoquent un boucan monstre autour de ma tente. J’entends la voix de trois mecs et celle d’une fille. Revenant d’une soirée plus qu’alcoolisée, ces quatre ahuris investissent une grande tente, séparée d’un ridicule buisson de la nôtre. Je sais qu’à côté de nous, il est censé y avoir deux jeunes demoiselles. Sur le coup, je me dis qu’elles ont trouvé chaussure à leurs pied en boîte de nuit et ont invité des gars chez elles. Mais leurs cris m’empêchent sérieusement de dormir et je sens à travers la tente une forte odeur de tabac.

« Ils ont tout saccagé »

D’un coup, je les entends courir. L’un d’eux met plus de temps que les autres à les rejoindre. A la distance de leur voix, il est certain que ces énergumènes sont aussi nos voisins. L’emplacement « 000 », proche des gens. S’entendent alors des hurlements du côté de la grande tente. « Mais ce n’est pas vrai. Ils ne sont pas sérieux ! Ils ont enlevé toutes les sardines ! Et ils faisaient quoi dans notre tente ? », s’emporte une voix féminine. Je sens des pieds frôlés la toile de ma tente et une dispute éclate. Je vous rappelle qu’il est 6 heures du matin et que nous nous sommes couchés, à peine deux heures avant.

D’autres voix s’élèvent autour de notre campement et je me souviens que ma tente ne m’appartient pas à moi, mais à mon frère. Jetant un coup d’œil sur Loïc qui dort comme sur un matelas Bultex,  je mets un t-shirt et un short, puis je sors dehors. Là, je vois un gars se faire enguirlander par un voisin dont je ne connaissais pas la localisation dans le camping. « Ce n’est pas nous, on revient de la plage, touche mes cheveux », me baratine le bonhomme, alors que je reconnais parfaitement sa voix qui rendrait fière l’accent chti. Terriblement fatigué, je lui propose de se taire et d’aller se coucher. Les filles viennent de finir de remettre leurs sardines.
« Ils ont tout saccagé, ils ont fumé dans la tente. C’est n’importe quoi !
C’est ça de rentrer tard, j’ironise pour détendre l’atmosphère très tendue.
On était juste parti se laver les dents ! »

Bon, même si le brossage des quenottes m’a semblé bien long, elles me font de la peine. Voyant plein de gens débarqués pour les aider à ranger leurs affaires et puisque rien n’a été volé, je retourne dans ma tente, espérant grappiller quelques dizaines de minutes avant le réveil prévu à 8 heures. Mais énervez des filles, elles ne dormiront plus ! Malgré le soleil qui se lève à peine, les deux voisines font le choix d’élever la voix pendant plus d’une heure et demie, se plaignant de ce qu’il leur est arrivé. De nombreux gars viennent les accoster… A croire qu’elles l’ont fait exprès : « C’est drôle, on a rencontré personne pendant une semaine, et là, pleins de gens nous parlent. » Trois Marseillais leur proposent même de prendre « l’apéro ». Je ne dors plus. J’ai mal aux yeux et il est 7 heures et demi passé.

Rose

Je me lève, je n’aurais pas réussi à me rendormir. Dans les toilettes du camping, aussi sales que laides, je rafraîchis mon visage à l’aide d’un peu d’eau, avant de remettre mes lunettes de soleil sur le nez, afin de cacher et préserver mes yeux, plus que cernés. Un coup de pied dans chaque tente pour réveiller les copains, il est l’heure de se préparer à quitter ce lieu maudit. Au ralenti, chacun de nous range ses affaires, son sac à dos et sa tente. Nous déposons délicatement tous nos détritus face à l’emplacement des voisins, qui ont aussi réveillé Lucas et Léo, mais pas Loïc. Il est presque 9 heures, on s’engage désormais à quitter ce lieu, sans plus aucun regret. D’ailleurs, en sortant je ne me gêne pas d’indiquer à la sécurité l’incident de ce matin. Je croise les deux voisines dépitées, qui attendent je ne sais quoi sur un banc. Elles m’ont aussi pourri la nuit, leur avenir ne m’intéressent pas.

Prenons la direction de la gare d’Agde ! Comme à l’aller, il faut emprunter un bus (toujours un euro le ticket). Etant tous encore lessivé de la nuit dernière, on s’assoit chacun à l’arrière avec une place vide, pour allonger nos pieds. Je me mets le plus au fond du car, Léo et Loïc sont devant moi et Lucas est à ma droite. Alors que mes paupières commencent à peine à se fermer, une petite fille avec deux tresses s’installe juste à côté de moi. Elle me gêne un peu, mais ne fait rien de mal, elle joue sur sa tablette à Temple Run, un jeu où un personnage court pour éviter un monstre, un peu nous avec le Cap d’Agde. « Est-ce que tu connais ce jeu ? », me glisse-t-elle doucement, sans être intimidée. J’incline la tête vers le bas et je lui chuchote un petit oui, un peu surpris qu’elle m’adresse la parole. Très confiante, elle démarre une discussion sérieuse sur son jeu, puis sur ses vacances. Elle s’appelle Rose, n’a même pas encore neuf ans et est venue au Cap d’Agde avec sa mamie, qui lui a dit de se mettre au fond avec nous, car elle ne peut pas aller jusqu’à l’arrière du bus. L’écolière me raconte ses vacances, mais aussi sa vision des choses, de la vie, des garçons, comment elle est perçue dans la cour de récré. « C’est trop XXe siècle », me balance-t-elle à plein nez à chaque fois que je n’utilise pas une expression de jeunes.

Rose poursuit avec quelques blagues, auxquelles je réponds, puis les gars autour aussi. Ce sont des rires en chœur que nous échangeons avec cette toute petite fille d’origine portugaise, (à la base, elle me prend pour un Portugais) que je trouve très mature pour son jeune âge. « Vous allez arrêter de lui parler et de vous moquer d’elle sinon je vais vraiment m’énerver. Vous l’embêtez depuis tout à l’heure, je vous voit, moi aussi je peux vous embêter », s’emporte un homme à la veine excitée sur le front, situé devant Léo. Ce « malabar » (« trop XXe siècle ») sorti de nulle part ne connaît aucunement Rose. D’ailleurs, elle lui répond dans la foulée : « Il veut quoi ce débile, ma mamie m’a dit que je peux leur parler et je fais ce que je veux. » Il fait mine de n’avoir rien entendu, je me retiens de rire. Nous ne lui répondons rien d’autre, mais les éléments de ma team préfèrent stopper la discussion avec la demoiselle. A côté de moi, elle continue à parler, parler, parler, parler. Fan de judo, karaté, kayak, football, elle se révèle aussi être une magicienne. Avant d’arriver à la gare, elle me fait quelques tours avec des cartes à jouer et des élastiques. En quittant le bus, la mamie me demande si elle ne m’a pas « trop embêté ». Ironique, non ?

Retour à la galère

Sur les tableaux électroniques de la gare, tous les trains sont annoncés avec un quart d’heure de retard. Comme hier, nous optons pour la fraude dans le train, qui, en plus, ne doit faire qu’une seule et unique station pour Sète. Mais la chance ne nous sourit pas cette fois-ci, des contrôleurs débarquent dans chaque grand wagon, muni de leur machine à composter. A peu près 11 euros. C’est le prix pour s’évader du Cap d’Agde et relancer la dynamique de nos vacances. Je mens tout de même au contrôleur pour l’attendrir : « On a eu du pot que le train soit en retard, car on a couru jusqu’à la gare. » Cela n’aura eu aucun effet, mais à travers la fenêtre, je perçois l’étang de Thau, avec plusieurs petites maisons sur pilotis. C’est un nouvel univers que nous découvrons.

Déambulant en dehors de la gare de Sète, nous redémarrons notre rituel classique : recherche de l’office de tourisme, du lieu d’hébergement et d’un espace où se nourrir pas chère. Grande surprise dès le commencement, un papi arrête sa voiture, chargé de vieux meubles à l’arrière, pour nous demander si nous voulons de l’aide pour nous repérer dans la ville. Il est loin le temps des mamies insultantes et des feux rouges klaxonnés d’Agde. Sur toute la route, de la gare à l’office de tourisme, les passants nous guident, nous aiguillent et nous conseillent. A l’office de tourisme, la liste des campings du coin est la priorité. Une vingtaine est accessible en bus depuis notre endroit. Le fonctionnaire de Sète me montre aussi les hôtels et me conseille de rester au moins jusqu’à jeudi, début des Fêtes Saint-Louis. Il m’explique que c’est une sorte de férias du coin, avec des joutes nautiques (des combats entre deux personnes, armées d’une lance et propulsées par un bateau à rames) et des bodegas le soir. Lucas prend la carte des bus, qui relient la ville de Sète aux douze kilomètres de plage, jusqu’à Marseillan Plage. Il est midi passé, appeler tout de suite les campings ne servira à rien, ils mangent tous à cette heure-ci.

Un Franprix et un Monop’ ne sont pas loin et nous faisons quelques courses pour le déjeuner. Lucas propose un repas simple à faire et pas trop dépensier : des hotdogs froids. Avec un petit pain au lait, du fromage râpé, une saucisse froide et un peu de moutarde, le tour est joué. Bon, ce n’est pas de la grande gastronomie, mais le repas colle plutôt bien à notre trip pour le moment. Nous nous asseyons sur une place, dans laquelle une statue d’immense poulpe trône au centre. Des mouches nous attaquent pendant tout le temps que nous mangeons, me faisant tomber de la moutarde sur ma chaussure et sur le sac de Lucas. Je découvre ainsi que la sauce tâche (et non pas la mousse tâche). Une petite mamie, habillée tout en blanc, nous interpelle pour nous raconter sa vie. D’habitude très sociables, notre fatigue ajoutée à l’absence d’hébergement fait en sorte que nous essayons d’esquiver la discussion. Elle disparaît comme un éclair et part discuter avec d’autres personnes, lorsque je lui demande si elle a un jardin où nous pouvons planter nos tentes. La bonne stratégie.

Auberge In

Vient enfin l’heure d’appeler les campings pour connaître les emplacements disponibles. La moitié nous répond comme d’habitude, « complet », et l’autre moitié nous fait sonner dans le vide.  Il faut se bouger et ce serait dommage de ne rien trouver, alors que la ville semble « charmante ». Sans réelle conviction, l’équipe se dirige vers l’arrêt de bus le plus proche afin de se rendre directement dans les campings proche des plages, qui n’ont pas décroché, priant qu’ils leur restent des places. Patientant que le car, ce coup-ci à 1€50, arrive, trois hommes d’origine maghrébine et la banane au visage, interviennent dans notre groupe. « Vous cherchez un camping ? Allez à l’auberge de jeunesse, il y a des emplacements, c’est pas cher et vous avez le petit-déjeuner », m’assure le plus grand du trio. Après mûre réflexion, c’est certainement la solution la plus intéressante, la moins coûteuse et surtout le plus sûr pour la suite du voyage.

Il faut savoir que la ville de Sète ressemble à une île, avec une grande montagne au centre, signifiant qu’une partie des maisons et des immeubles est en pente. L’auberge de jeunesse se trouve quasiment au sommet de la ville, nous devons grimper, avec la fatigue accumulée, les sacs et les tentes sur le dos et le soleil d’été qui frappe sur nos fronts. Je ralentis ma marche pour Loïc, pour qui chaque pas est un calvaire, alors que Lucas et Léo foncent tête baissée pour s’assurer de la disponibilité de places. Mon téléphone sonne, Lucas est déjà sur place. Il m’annonce la nouvelle par téléphone : il y a de la place pour nous. Je pousse Loïc pour se dépêcher d’arriver enfin à notre hébergement. En entrant dans l’établissement, on découvre en montant les escaliers pleins de petits gîtes, puis un petit terrain avec une table de ping-pong. Enfin, on arrive à ce qui s’apparente être l’accueil, avec un petit restaurant et une grande salle, qui fait office de micro-bibliothèque. Sarah, une salariée de l’auberge, un peu à l’ouest mais très sympathique, nous accueille hors de ses heures de service et nous laisse installer nos tentes. Elle nous prévient que nous devrons attendre 16 heures et l’arrivée de Sonia pour nous enregistrer officiellement dans l’auberge.

Même si nous étions fatigués, nous attendons près de la table de ping-pong la fameuse Sonia. Après quelques échanges de raquettes, deux jeunes gars viennent subitement nous parler, Félix et Paul. Très succinctement, nous racontons notre épopée, eux nous expliquent qu’ils ont participé au « Demi Festival », une énorme scène au Théâtre de la mer de Sète, avec pleins d’artistes du monde du rap, dont entre autres la participation de Kerry James. Etudiants de 19 ans, ils doivent retourner à Angers demain en fin d’après-midi et ont pris une chambre à l’auberge juste pour une nuit (ils étaient en AirBnB la semaine).

Les réfugiés du sommeil

Sonia arrivée, nous nous enregistrons et nous pouvons enfin respirer, c’est une épine retirée du pied… Nos téléphones n’ont déjà plus de batterie, nous les rechargeons tranquillement dans l’une des salles de l’auberge de jeunesse. Lucas, Léo et Loïc se reposent tous les trois sur un canapé, sur lequel il ne reste aucune place pour moi. Je me mets à l’autre bout de la salle, près d’une prise où mes deux smartphones reprennent de l’énergie. L’attente fait que nos yeux s’assoupissent de plus en plus. Je vois les copains s’enfoncer de plus en plus dans ce canapé, digne de celui de la série « Bloqués ».  Je tente aussi de trouver une position agréable avec des chaises pour faire une sieste, puis me vient une idée peu sexy. Je retire mes chaussures, je les colle ensemble, je m’allonge sur le carrelage la tête sur mes lacets et je ferme les yeux. Il n’y a aucun bruit, personne ne passe dans la salle. L’auberge étant située en haut de Sète, aucune voiture ne vient nous gêner. N’oublions pas que nous n’avions quasiment pas dormi depuis deux jours, à Narbonne, j’ai fait quatre heures de sommeil et Lucas et Léo, certainement aucune. Au Cap d’ Agde, l’évènement de ce matin ne m’a laissé que deux heures de calme. En deux jours, je n’ai dormi que six heures. Cela accumulé avec la chaleur et la fatigue de l’alcool bu, nos corps ne peuvent plus  bouger. Nous sommes comme des corps inanimés et figés après l’explosion du Vésuve. Et pourtant, je suis certain que d’un œil extérieur, nous sommes semblables à des réfugiés dans une jungle.

« Oh la la la, mais ils sont  très drôles eux, je pense que je vais bien rigoler ». Une voix m’expulse de mon sommeil et me ramène à ma condition initiale de jeune Clichois allongé à terre sur ses chaussures. C’est Sonia qui fait visiter les locaux à de nouveaux arrivants : « Ne vous inquiétez, vous n’allez pas dormir comme eux. On a de vrais lits quand même. » Entre rire et honte, nous nous levons petit à petit et décidons d’aller en ville, pour acheter le repas de ce soir. Le trajet est simple sur le papier, car nous savons où se trouve le Monop’, il est compliqué sur le terrain car il faut redescendre pour ensuite remonter des affaires plein les bras. Au dîner, ce soir, des pâtes avec une sauce tomate simple, ça va changer des raviolis…à la sauce tomate d’hier soir. En apéro, nous buvons enfin la bouteille de pastis, que nous avions acheté pour la bande des six d’Agde. Assis autour d’une table, face à la ville de Sète, dont la vue est renversante depuis notre spot, nous avons ce sentiment de satisfaction d’une journée réussie.

L’enfant sauvage

Un enfant nous intrigue depuis le début du repas. Le petit blond, vêtu d’un t-shirt bleu plein de boue, tape avec un morceau de bois sur les escaliers, comme un batteur qui répète. Le garçon, par l’odeur alléché, se rapproche de notre casserole. Face à nous, sans dire aucun mot, il commence à manger un morceau de son bout de bois. Je me tourne vers Léo : « Mais qui est cet enfant sauvage ? ». On rigole un peu, mais ce gamin, qui a une bonne petite bouille, nous intrigue réellement. S’approchant de Lucas, qui fait toujours office de cuistot lors de nos voyages, il ramasse les petites pâtes qui sont tombées sur la table, puis lance sa main, sale, dans la casserole pour en avoir plus. D’un réflexe de samouraï, le contrebassiste empêche « Moogli » de toucher à notre repas. « Tu veux des pâtes, tu nous demandes, on t’en donne », lui propose-t-on. Il nous fixe de ses yeux écarquillés, puis relance son bras en direction de la casserole pour retenter son coup. Lucas prend un verre en plastique, c’est ce qui nous fait office d’assiette, et lui sert quelques pâtes. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le repas sort tout juste du feu et est affreusement chaud. L’enfant part la tête la première pour manger les pâtes, comme un cul sec de vodka. Il lâche un petit cri et grimace car il s’est brûlé. La patronne de l’auberge de jeunesse passe juste à côté : « Ne vous inquiétez pas, c’est un petit autiste. Il n’est pas méchant et comprend tout ce qu’on lui dit, simplement il ne parle pas. » Ceci explique cela. Ce que nous ne comprenons pas, c’est que ses parents puissent le laisser seul ainsi. Par la suite, ils viennent le récupérer, lui demandent où il a trouvé ses pâtes et l’amènent manger au restaurant de l’auberge. Nous ne disons rien et terminons paisiblement de manger, après cette intervention, au final, plus mignonne qu’autre chose.

La soirée se poursuit avec Félix et Paul, les deux angevins, autour de notre table, où nous discutons de tout et n’importe quoi, que ça aille des études à la stratégie géopolitique de Daesh. Les gars ont passé la semaine sur Sète et connaissent les coins sympas pour sortir, notamment le bord de mer, près du Théâtre de la mer où leur festival a eu lieu. Tous les six, nous nous arrêtons dans une épicerie du centre-ville pour acheter des packs de bière. Vous connaissez tous cette situation au moment de se payer de l’alcool à plusieurs. On prend du temps, il faut que ça plaise à tout le monde, que ça entre dans les frais de chacun et que l’ensemble soit pratique à déplacer. En sortant, on nous conseille de dissimuler dans des sacs à dos ou sous nos vestes les bouteilles, la police ne rigole pas avec la consommation d’alcool dans la rue.

L’anecdote de la « laide dans la forêt »

Après plus d’une quinzaine de minutes de marche à pied, nous sommes face à la mer, assis sur d’énormes blocs de pierre, dont certains sont tagués. Des nuages remplissent en grande partie le ciel, mais un étroit espace permet de laisser traverser la lumière de la lune qui se reflète sur l’eau. Un spectacle. Dans ce décor paradisiaque, nos nouveaux amis s’ouvrent un peu plus à nous. Afin de préserver son identité, je ne cite pas lequel des deux va me raconter l’anecdote qui va suivre. Ce qui est essentiel à savoir, c’est qu’elle va tellement me marquer, et me faire rire, que je lui ressors cette vanne de nombreuses de fois par la suite. Donc, « Paulix » nous narre une histoire dont il a un peu honte : « C’était il y a quelques années, on était tous les deux, puis on a rencontré un groupe de filles. J’avais beaucoup bu, je ne sais pas trop si je me rendais compte de ce que je faisais. En fin de soirée, la fille la plus laide, – qui était aussi la plus grosse du groupe me propose qu’on se rapproche de la forêt. Moi, je n’ai pas trop compris. On a commencé à discuter en fumant une clope, puis là, ça a dégénéré. Elle s’est agenouillée(…) Tout s’est passé si vite, le lendemain, ils se sont tous foutus de moi. » Vous comprendrez que je n’écris pas « 50 nuances de Grey », je vous laisse comprendre ce qu’il s’est passé dans mes parenthèses et mes points de suspension. Sur le moment, après cette histoire, nous entrons tous dans un fou rire général. Nous ne savons même plus pour quelle raison « Paulix » nous parle de ça, mais le ton de narrateur sérieux, couplé au sentiment de gêne dans sa voix, fait son effet et transforme son récit en énorme comique de situation.

Les bières sont quasiment toutes consommées et Paul et Félix tombent sur des festivaliers, comme eux, à quelques rochers de nous. Nos deux camarades les rejoignent, tandis que nous, nous préférons rentrer à l’auberge. Même avec la petite sieste de l’après-midi d’une demi-heure, nous sommes encore très épuisés. Avant que l’on parte, Paul nous propose de louer demain un bateau, puisqu’il a son permis de navigateur. Tous d’accord, nous nous quittons ce soir pour mieux se retrouver demain, et affronter les terreurs de la Méditerranée ! A l’auberge, nous tombons comme des mouches dans nos tentes, après un brossage de dents obligatoire de trois minutes, comme chaque jour. Mon réveil est à 9h50 spécialement pour ne pas rater le petit-déjeuner qui se termine à 10h. Ce coup-ci, il n’y aura pas de Sonia qui me freinera dans mon sommeil, je suis dans mon duvet, satisfait de la ville de Sète, qui m’a ravi pour le moment. Faîtes que demain soit rempli d’autant de péripéties, surtout que Thibault, notre cinquième élément doit se ramener.

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