JOUR 4 – CA SENT L’URBEX A SETE ! – CARNET DE VOYAGE 2016

Nous sommes mardi 16 août et notre tente reste planté dans la ville de Sète, il n’y aura pas de départ ce matin en direction d’une autre ville, pas de course pour trouver un bus, pas de train à frauder, pas d’office de tourisme à trouver, pas de camping à appeler pour apprendre qu’il est complet, donc pas de soucis. Mon réveil se met à sonner. Il est 9h50, le petit-déjeuner, offert par l’auberge de jeunesse pour chaque nuitée payée, se termine à 10h, il faut se speeder. Je mets un petit coup à Loïc, qui grogne. En sortant, je fais signe à Lucas et à Léo que le repas du matin n’est pas éternel. Seul Lucas me suit. In extremis, je goûte au pain rassis, à la confiture de première qualité et aux cafés solubles. Les délices des vacances. Mais peut-on se plaindre ? Après toutes les étapes que nous avons traversées les jours précédents, ce petit-déjeuner est luxueux.

Le bateau tombe à l’eau

Il est plus de 10 heures, les deux autres loustics nous rejoignent dans la salle « à chargeurs de téléphone ». Le temps fait grise mine et une épaisse brume flotte au-dessus de la ville. Quelques gouttes de pluie tombent sur le nez. Il semble que le projet « bateau » tombe à l’eau, la matinée est donc de tout repos, avec rien de folichon. Félix et Paul, les deux amis fans de rap nous ont rejoints. Eux, ils ont fait leur sac à dos, ils repartent dès ce soir avec un bus en direction d’Angers, mais doivent faire un détour par Clermont-Ferrand avant de pouvoir retourner chez eux.  Ils sont d’accord avec nous, la balade en bateau ne sera pas possible aujourd’hui. Il fait trop moche dehors et ce serait trop dangereux de naviguer en plein brouillard.

Le temps défile et à presque 13 heures, on décide qu’on ira se balader en ville cet après-midi, histoire de visiter un peu la ville de Sète. Pour le moment, nous allons manger. Les gars ont acheté des « nouilles », ce que je n’aime pas. Je ne me sens pas prêt à me lancer en mode « cuistot de MasterChef » et réaliser un plat de pâtes, uniquement pour moi. Je vais m’acheter un déjeuner tout fait, mais pour cela, je dois partir en ville. Je lâche donc mes camarades pour descendre, et le mot est juste tellement c’est « pentue ». Arpentant en solitaire les rues de cette commune de pêcheurs, je me rends compte qu’il fait sérieusement plus chaud en plus basse altitude. Sur le coup, je me dis aussi que, oui, c’est logique.

A la recherche d’un fast-food, je tombe sur le « sun7 », un nom typique de « bars » ou de « kebabs ». Pas de « grec » chez eux, mais que des hamburgers et des « tacos ». Le fast-food appartient à un restaurant en face, et les serveurs travaillent pour les deux filiales. Une jeune salariée m’apostrophe alors que je regarde les menus. Après avoir pris ma commande (un tacos), elle me propose de m’asseoir pour patienter. Deux grands gaillards se lèvent en me fixant du regard, attrapent une table et me la posent devant moi. Ce sont des clients, ils ont l’aspect de « caïlleras », mais se sont tout simplement souciés de moi. L’époque du Cap d’Agde est tellement loin !

Ilona

« Ca bouge pas mal à Sète pour les jeunes ? », questionne-je (ça se dit ?) la serveuse, qui est resté planté devant moi à attendre que des clients s’approchent et que mon tacos soit prêt. A son tour, elle prend une chaise et me raconte un peu sa vie. Son prénom est le même que celui d’un clip animé des années 2000 sur des animaux de la ferme, Ilona. Elle a 26 ans et a récemment terminé ses études. Originaire de Nîmes, à Sète elle a trouvé une plénitude et un calme l’année, et du mouvement avec les touristes l’été. Clairement, Ilona m’explique que ce n’est pas LA ville de la jeunesse ici et qu’il faut rejoindre les plages pour que ça bouge. Cette jolie Méditerranéenne s’excuse du sale temps d’aujourd’hui, pour moi, touriste et me promet, pour moi, qu’il reviendra (le beau temps) cet après-midi. Elle croit que je suis venu seul et que je ne suis d’arrêt qu’un soir. Je lui explique vaguement mon périple depuis Narbonne, sans réellement entrer dans les détails.

En plein milieu de notre discussion, des clients interrompent ce moment isolé de mon attente. Désormais, je n’adresse plus la parole à Ilona, elle doit reprendre logiquement son travail. Cette parenthèse inattendue m’a fait du bien et m’a offert le soleil absent de ce matin. Merci Frédéric Lopez ! Le cuisinier crie « Le Tacos », synonyme que mon plat est terminé. Je pars le prendre et me dirige en direction de l’auberge. Jetant un regard parmi les tables, ma dernière rencontre a disparu. Tant pis. Puis…j’entends un « bonne route » d’un côté, elle apporte deux plats, l’un à chaque bras. Je lui remercie et lui souhaite une bonne continuation. La chanson des « Passantes » de Georges Brassens, chez qui nous étions, sa ville, Sète, prend tout un sens. Je suis destiné à voir des « passantes », mais ça me satisfait, c’est agréable.

La flemme l’emporte sur la raison

Je grimpe la colline et retrouve rapidement mes trois companeros et les deux Angevins. Je ne leur parle pas du petit moment que je venais de passer. Je leur dis uniquement que j’ai trouvé un fastfood peu cher. Pendant que je déguste mon sandwich gras, nous confirmons à Sonia, la réceptionniste que nous passerons une nuitée supplémentaire. Nous sommes aussi mardi 16 août. C’est le jour de l’arrivée de Thibault. Il doit être là aux alentours de 17 heures. Notre groupe de six a le temps pour profiter de la ville et visiter des coins assez originaux. En descendant en ville et après avoir perdu dans la foule deux fois Léo (pourquoi Léo ? on ne sait pas), les nuages se tirent et la chaleur se fait ressentir. On s’approche du port et c’est un ciel bleu, sans un seul nuage avec une température avoisinant les 30°C. Ca y est, nous avons le sentiment d’avoir raté quelque chose, la plage. On n’y est pas allé depuis déjà deux jours, depuis le Cap d’Agde.

Deux solutions s’offrent à nous, soit nous refaisons le chemin inverse pour l’auberge, et donc perdons une heure, soit nous partons près des rochers du port, se baigner en caleçon et sécher avec le soleil. Sans surprise, la flemme l’emporte sur la raison. On saute par-dessus un muret en pierre, qui sépare le trottoir des énormes rochers cubiques. On se dessape. Je découvre que j’ai opté ce matin pour un shorty rouge pétant. Autant vous dire qu’on me voit mieux que le phare d’Alexandrie. Les passants, un peu plus hauts de nous, s’arrêtent pour prendre des photos, pendant que nous nous mouillons chacun à notre manière. Avec un peu de musique, du rap évidemment, mais celui que j’aime, celui de MC Solaar et de Doc Gynéco, on se fait bronzette, on se raconte des histoires… Je ressors l’histoire de la « laide dans la forêt » à « Paulix ». Bref, un espace-temps non définissable. Nous sommes six gars, contents de ne rien faire, d’être face à des chalutiers et d’entendre le claquement des vagues contre les rochers.

La baignade se termine, Paul et Félix doivent récupérer leurs affaires. Ca sent clairement le clap de fin, ils doivent remonter à l’auberge, nous devons attendre Thibault, qui arrive de manière imminente, à la gare de Sète. On se quitte en s’échangeant nos « Facebook » comme des gamins qui se disent adieu en fin de colonie de vacances. Il y a déjà de cette nostalgie, de se dire « on a rencontré des gens supers, est-ce que ce sont les derniers des vacances ? » Je ne l’espère pas, mais nous ne connaissons pas l’avenir.

Thibault, le « fêtard »

Dans les tribunes qui serviront pour les joutes des fêtes de la Saint-Louis, nous jouons à la belote très  sagement, -voire trop calmement, la lenteur des cartes posées m’endort. Le coup de fil de Lucas et l’arrivée quasi-instantanée de Thibault nous rebooste tous. Comme un coup de fouet. Nous sommes repartis de plus belle car le dernier du groupe vient de nous rejoindre. Je présente évidemment Thibault à Loïc qui ne se connaissent pas. Ce petit blond, au sourire de bogoss et au parlé très propre, a terminé son école à Nantes, Audencia. A la rentrée, il part à l’aventure pour quelques mois en Inde. C’est un musicien, Lucas nous l’avait présenté il y a déjà cinq ans. J’ai tout de suite accroché avec Thibault. Lors de l’une de nos premières rencontres, à la fin du baccalauréat, ce fêtard m’avait offert le logis le soir, chez lui, dans le XVIe arrondissement de Paris. Oui messieurs.

Désormais, à cinq, et après s’être acheté à manger, ainsi qu’à boire, nous nous dirigeons à l’auberge. Si nous pouvons faire en sorte que les responsables de l’établissement ne voient pas Thibault, cela nous arrangerait pas mal. En catimini, nous rejoignons donc l’espace camping, où le nouvel arrivant pose ses affaires dans la tente de Lucas. Par contre, on se le dit clairement. Hors de question de passer son temps à le cacher, nous verrons bien s’ils se rendent compte qu’il y a un membre supplémentaire dans l’équipe.

Le « Guada » et la maison abandonnée

Après dîner,  autour de quelques bières, la soirée s’annonce assez tranquille sur la terrasse du restaurant de l’auberge de jeunesse. Alors que l’on pense que, pour une fois, nous allons nous coucher tôt, un gars, avec un t-shirt violet et une drôle de dégaine se pose pas loin de nous. Il s’agit de Steven, un « guada » comme il nous dit. Roulant doucement son joint, le bonhomme nous questionne (comme quasiment la majorité des personnes que l’on a rencontrée) sur l’objet de notre venue à Sète et sur notre parcours depuis le début. Semblant nous trouver sympathiques, il se rapproche un peu plus de nous : « Vous avez aperçu la vue de Sète depuis là-haut ? » Non, pas spécialement, uniquement depuis l’auberge quoi. Je me demande bien ce qu’il va nous proposer. « Vous savez qu’il y a une maison abandonnée, juste au-dessus ? Depuis cette maison, la vue sur l’ensemble de la ville est tout simplement incroyable ! », décrit le fumeur de pétard.

Lucas me regarde : « Ca sent l’Urbex. » Le musicien me souffle ces propos en sachant que c’est une thématique que j’ai abordée sur ma chaîne Youtube. L’Urbex consiste à se rendre dans des lieux, majoritairement urbains, qui sont laissés à l’abandon et où la nature a, en général, repris ses droits. Pour mes vidéos sur mon compte « A not’Sauce Productions », j’étais parti avec un ami journaliste suivre les pas de deux « urbexeurs » lors d’une expédition. Autant vous dire que cette maison non habitée est comme une madeleine de Proust.

Nous suivons Steven hors de l’auberge, en saluant le gardien de nuit, très sympathique et avec qui nous avons rigolé, mais dont j’ai fait le choix de ne pas m’attarder. Ainsi, dans une petite ruelle, un poteau avec une sorte de boite aux lettres sont accolés à un grand muret. « Il faut grimper, et surtout un par un », nous donne-t-il en consignes. De mon côté, mon expérience journalistique auprès de deux pratiquants de l’urbex me donne les outils pour apprendre aux quatre autres les règles de l’Expédition Urbaine : le respect total du lieu, ne rien toucher, ne rien casser, ne pas faire de bruit, ne pas dévoiler l’emplacement exact du lieu, toujours s’assurer qu’il n’y a que nous et ne jamais laisser quelqu’un tout seul. Bref, des petites règles de sécurité pour nous et pour les autres.

De l’autre côté du muret, il n’y a qu’une échelle et nous arrivons directement dans un immense jardin dans lequel ce sont les mauvaises herbes qui ont repris leurs droits. La pelouse n’a pas été taillée depuis longtemps et la vétusté de certaines statues nous confirme que la maison est bel et bien abandonnée, même si nous faisions confiance au « guada ». Tel un guide, il nous ouvre chacune des salles, de la salle de bain à la cuisine en passant par les chambres à coucher. Après avoir un peu fouillé, je découvre des boites de conserve dont les dates de péremption sont de 2010. Conclusion peut-être hâtive, mais je pense que la maison a été laissée dans les années 2000. De plus, selon la disposition de chacune de salles, il se pourrait que cette maison soit une sorte d’auberge ou de gîte, dans lesquels des familles pouvaient loger dans chacune des chambres.

Une vue imprenable…puis le brouillard

Depuis le balcon du second étage, étroit soit-il, je découvre la ville sous un nouvel angle. Une ville lumineuse où l’on peut voir à perte de vue. Les nombreux lampadaires qui retracent le canal de Sète, forment une sorte d’immense boutonnière de chemise, se terminant sur le Port. Un moment assez incroyable que j’immortalise avec mon téléphone portable low-cost. Je m’en veux de n’avoir pas pris de photos pendant ces vacances. Pléthores de moments auraient pu être marquées au fer rouge, en figeant le temps. Tant pis, tout sera et devra être ancré dans notre mémoire.

Steven nous rappelle qu’il a une petite famille, il ne peut pas trop tarder. On quitte ce manoir par le même chemin que nous avions pris au début, un peu plus difficile car il n’y a pas d’échelle de l’autre côté. « Vous savez, il y a le belvédère si vous empruntez ce chemin et ces marches. Moi je me couche, mais c’est le point le plus haut de Sète », laisse en dernier cadeau l’Antillais. Notre goût de l’aventure nous mène forcément à suivre ses conseils. Let’s go ! L’escalade de la montagne se poursuit, malgré les ronchonnements du jeune Belge, Loïc. Au fur et à mesure de notre marche, un épais nuage parvient. « Ca fume, non ? », je m’interroge. « Non, ça ne sent pas », on me répond. C’est de la brume, un brouillard incroyable ne laissant plus qu’entrevoir que nos silhouettes. Un décor hors-du-commun et pourtant si esthétique.

Au sommet de la presqu’île, une croix de plusieurs mètres de haut, avec une multitude d’ampoules autour s’élève au centre d’une petite place censé offrir une vue imprenable de la ville. Ce côté très kitsch du symbole chrétien me fait plus rire qu’autre chose. Un coup de malchance, le nuage de vapeur, bloqué au gland de la montagne, empêche complètement de voir la ville. Déception. En tout cas, nous nous amusons avec ces jeux de lumière et ce brouillard à faire des ombres avec nos corps. Un peu partout, pleins de jeunes semblent s’être donné rendez-vous. C’est un peu le repère des habitués, ils referment bien leur groupe quand on arrive. Halte aux touristes ! Tant pis, nous en avons assez vu aujourd’hui. La tête dans les nuages fait tourner légèrement la tête et fait suer. Pauvre t-shirt ! Je retire le mien pour le préserver.

Il est presque 1h30. On en a assez vu pour ce soir, nos têtes sont gavées de belles images, de tableaux irréalisables et d’instants uniques, qui forgent notre petit groupe, pour la première nuit, au complet. Retrouvant nos tentes, nos passages au lit se font, comme d’habitude, dans le rire, rythmé de « chut, on va réveiller les gens ». Avant de se coucher, on se questionne une dernière fois sur le programme de demain. Que va-t-on faire ? On reste ? On va à la plage ? On quitte Sète pour une autre ville ? Et si on prenait un AirBNB à Montpellier pour être sûr de rencontrer des jeunes de notre âge ? Mais va-t-on passer à côté des Fêtes de Saint-Louis ? Tellement de questions, qui au final, doivent être réglées demain. La nuit porte sommeil…oups… conseil !

Florian Guadalupe

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