100 000 euros la rénovation de son bureau : Mathieu Gallet se moque-t-il de nous ?

Révélation du prix excessif de la rénovation de son bureau: le galet dans la chaussure du PDG de Radio France

Révélation du prix excessif de la rénovation de son bureau: le galet dans la chaussure du PDG de Radio France

Alors que des préavis de grève menacent tous les jours Radio France, « le SNJ s’est vu abasourdi, choqué et consterné » par le coût de la rénovation du bureau du président de Radio France. Une révélation du Canard Enchaîné parue hier qui tombe mal.

 

« Il faut refonder Radio France comme si nous partions d’une feuille blanche », avait-il prévenu dans les colonnes du Figaro.  Devons-nous alors nous étonner de lire dans le palmipède que le jeune patron de la Maison de la Radio ait rénové son bureau à hauteur de 105 000 euros ? Soit plus de 1200 piges journalières à Radio France ou la rémunération de 200 stagiaires. La révélation rappelle l’affaire Thierry Lepaon, ancien patron de la CGT, mais celui-ci apparaît aujourd’hui comme un petit joueur, les travaux dans son bureau ayant coûté « seulement » 62 000 euros.

Meubles jetés, volets changés, moquette arrachée

C’est au 3e étage de la maison ronde, dans l’ancien bureau de Jean-Luc Hees, que Mathieu Gallet a souhaité tout refaire, jugeant la pièce pas assez à son goût. Un communiqué de Radio France explique que ces travaux s’inscrivent « dans le budget 2014, adopté en décembre 2013 », soit avant l’arrivée de l’ancien président de l’INA. La Maison de la Radio ajoute que « les dépenses de rénovation des espaces de la Présidence sont comprises dans cette enveloppe et s’élèvent à environ 100 000 euros ». Mais en regardant de plus près, le budget alloué à l’origine pour les travaux de ce bureau étaient de 34 500 euros. Tous les meubles ont étés jetés, les volets changés et la moquette arrachée. Le montant le plus élevé a été la restauration de boiseries en palissandre, représentant une note de 72 494 euros. Le tout – rappelons-le – payé par la redevance audiovisuelle.

« Ce bureau était impeccable »

Mais ce lieu de travail méritait-il d’être changé ? Selon l’ancien PDG de Radio France, Jean-Luc Hees, le lieu avait déjà était refait dans le cadre du grand chantier de la rénovation de la maison ronde. « Il y avait une très belle moquette aubergine et une peinture flambante neuve. Ce bureau était impeccable », se souvient-il dans les pages du Canard Enchaîné. Les couleurs ne lui plaisaient peut-être pas. A l’INA, Mathieu Gallet avait également refait son lieu de travail. « Avant Radio France, Mathieu Gallet avait déjà rénové son bureau, rue de Valois, à l’INA. C’est un toc. Non remboursé par la sécu », ironise sur Twitter, Emmanuel Beretta, journaliste politique au Point. 

Quadruple préavis de grève

Une polémique qui n’améliorera pas les relations du PDG de Radio France avec ses salariés. Comment peut-il être crédible en présentant son plan social « de retour à l’équilibre » quand il rénove son bureau à des prix exorbitants ? Le conseil d’administration a adopté un budget 2015, déficitaire de 21,3 millions d’euros, une première dans l’histoire du groupe des radios publiques. Le syndicat national des journalistes a indiqué dans leur communiqué qu’il « était très inquiet dans un contexte déjà alourdi par les menaces qui pèsent sur l’emploi et, à terme, sur les missions de l’entreprise ». Un quadruple préavis de grève a été déposé aujourd’hui, cette fois-ci illimité. Il s’agit du troisième appel à la grève en un mois contre un éventuel plan social et des mesures d’économies.

Florian Guadalupe

Départementales : Faut-il taper sur le FN pour sauver le PS ?

Le premier ministre, Manuel Valls, mène une bataille politique intense contre le Front national. Une stratégie  de communication juste avant le premier tour des élections départementales. Scrutin où le PS est annoncé en difficulté.

Le premier ministre, Manuel Valls, mène une bataille politique intense contre le Front national avant les élections départementales. Scrutin où le PS est annoncé en difficulté.

À quelques jours du premier tour des départementales, Manuel Valls mène toujours une campagne acharnée contre le Front national. Intervenu au Grand Journal lundi 16 mars pour de nouveau dramatiser l’enjeu de ces élections, le premier ministre a rappelé la « peur » qu’il avait face à la montée du FN.

Les élections départementales approchent et les sondages sont mauvais pour le Parti socialiste. La majorité de François Hollande n’est créditée qu’à la troisième place derrière l’UMP et le FN. De quoi faire frissonner tous les sympathisants de gauche. Pour essayer de sauver un maximum de cantons, le premier ministre a choisi un cap : se battre contre le FN, quitte à s’épuiser dans les médias.

Le parti de Marine Le Pen compte bien gagner le plus grand nombre de cantons. Dans le Tarn, la vague Bleue marine vise même trois élections sur quatre. La menace présente, Samuel Cèbe, premier secrétaire fédéral du Parti socialiste du département, soutient évidemment Manuel Valls dans sa bataille électorale : « Une campagne contre le FN est nécessaire. Si elle n’a pas lieu, qui le fera ? Ce sont aux grands acteurs de ce pays de lutter contre la montée du FN ». Selon lui, lorsque le locataire de Matignon lutte contre le FN, « l’enjeu n’est pas de sauver le PS, mais de sauver la République. L’objectif est combattre la banalisation des idées de l’extrême droite qui s’installent en France ».

Autre département proche de tomber entre les mains du Front National, l’Aisne. Selon un sondage Odoxa publié dans Le Parisien le 15 mars, le parti Bleu marine réaliserait un score de 41% au premier tour, loin devant l’UMP-UDI (24%) et le PS et ses alliés (20%), ces derniers qui dirigent le département. « Il faut prendre en compte l’effet médiatique du FN, voir comment les médias entretiennent un FN fort », assure Mathieu Mayer, secrétaire fédéral à la communication du Parti socialiste de l’Aisne, « en suivant la campagne tous les jours des candidats socialistes, on ne voit pas cette dynamique du Front national. On a bon espoir de garder notre canton ». Le jeune responsable politique s’accorde avec la ligne du Parti socialiste, mais ne veut pas stigmatiser pour autant les électeurs du Front national : « La bataille politique est indispensable. Manuel Valls en chef de file est à sa place. Il faut se réveiller. Mais pour convaincre les électeurs, il faut parler à leur intelligence et arrêter de les traiter de facho. Le premier ministre a choisi cette stratégie qui correspond à son tempérament, à son caractère. Et il a raison, il faut mener cette bataille politique, mais il est intéressant de voir comment il le fait. Il le fait par déconstruction du programme FN et non par dramatisation du FN. »

« Plus l’on tape sur quelqu’un, plus l’on voudra le défendre »

Les lignes politiques des élus locaux socialistes rejoignent toutes celle du chef du gouvernement, alors que de grandes voix à droite comme à gauche s’élèvent pour critiquer cette stratégie. Dans les Landes, Benoit de Valicourt est consultant en communication et candidat sous l’étiquette UMP-UDI-MoDem. Selon lui, l’erreur principale de Manuel Valls est de donner de l’importance au FN. « S’il mène une campagne contre le FN, ça voudrait dire qu’il n’y a plus d’idées. La seule façon de combattre le parti de Marine Le Pen, c’est de l’ignorer. À partir du moment où on cite le FN, le parti et ses dirigeants, on fait leur communication », lance le candidat de Dax 1. Pour ces élections, les candidats FN sont présents dans quasiment tous les cantons, mais n’ont que très peu misé sur leur communication. « Partir en guerre contre le FN, c’est accréditer la thèse de l’échec politique en France et prouver aux électeurs que le FN peut avoir des solutions. Il ne faut pas les victimiser. Quand Valls mène sa campagne contre le FN, ça ne fait que renforcer le vote pour le parti bleu marine. C’est un raisonnement basique. Plus l’on tape sur quelqu’un, plus l’on voudra le défendre », conclue-t-il.

Si Manuel Valls a choisi de se battre contre le FN, c’est parce qu’il a répété à plusieurs reprises la « peur » qu’il entretenait de voir sa montée. Mais est-ce le bon choix de communication ? « Ici, Manuel Valls a utilisé une communication de posture, d’image et non pas de message. Quand on est premier ministre et qu’on a peur, tout le monde a peur. Les gens se replient alors sur les messages qui ont un sens, qui sont souvent ceux des extrêmes », explique Pierre-Olivier Lauvige, spécialiste en communication de crise, « en déclarant la guerre au FN, il n’a fait que le renforcer ». Ce choix de communication a une autre répercussion selon l’expert : « En ayant peur, Manuel Valls a perdu son statut de leader. En situation de crise, il faut rassurer les gens, en mettant en évidence son message par rapport à l’image. Sa communication cherche clairement à rassembler. Plus l’on est en difficulté, plus l’on veut rassembler. Mais de cette manière, ça panique les gens. Alors que les extrêmes rassurent en montrant une confiance en eux ».

Stratégie du premier ministre efficace ou contre-performante ? « Ce qui est clair, c’est qu’on dirigera moins de cantons au second tour », termine Mathieu Mayer, « mais de notre côté, on va tout faire pour sauver l’Aisne. Il peut y avoir une reconquête, mais il faut toujours que le PS soit présent ». Pour Manuel Valls, la présence des socialistes au second tour est aussi un enjeu pour son poste. Un probable remaniement est annoncé après les élections, Matignon pourrait changer d’hôte.

 

Florian Guadalupe

 

« J’avais presque l’impression d’attirer la mort ». Constantin Simon, auteur d’India Express

India Express, récit du jeune journaliste, Constantin Simon, sept années passées en Asie.

India Express, récit du jeune journaliste, Constantin Simon, sept années passées en Asie.

Dans le cadre d’une émission radio sur le thème de l’Inde, le Master journalisme de Gennevilliers (MJG) a reçu le journaliste et auteur, Constanstin Simon, pour la promotion de son livre India Express (éditions Le Passage). Dans son premier roman, il retrace son épopée  de sept ans à travers l’Asie, sous la forme du carnet de bord d’un personnage fictif, Pierre, nourri de rencontres et de souvenirs de reportages. Mais au-delà de ses épopées, je me suis intéressé à l’évolution de l’homme, de ses amours, de sa famille, de son approche de la mort. Interview.

Peut-on dire qu’il y a un Constantin Simon avant et après l’Inde ?

Oui, le Constantin Simon d’avant était un peu comme vous, quelqu’un qui avait vécu toute sa vie dans son pays. Ça change beaucoup de chose quand on s’installe dans un pays qui n’est pas le sien. J’ai l’impression d’être devenu un peu Indien, si on peut dire ce bien grand mot, si on peut devenir d’un autre pays, si on peut changer son identité. Mais en tout cas, sur certains traits particuliers, habitudes horaires, par exemple, je suis devenu un peu Indien. Je suis toujours en retard. Vous me direz, on peut être en retard et pas Indien, mais en tout cas, les Indiens sont toujours un peu en retard et ont un rapport au temps un peu plus flexible. Il y a d’autres points sur lesquels je suis devenu un Indien.

Deux, trois mots forts pour qualifier l’Inde ?

Je dirai la vitalité, l’énergie et la jeunesse.

À part votre amour pour l’Inde, est-ce que vous avez trouvé votre âme-sœur ?

(rires) Je crois que c’est une quête un peu plus longue. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai trouvé, mais je pense, comme disait Robert Brasillach: « Ce qui compte n’est pas l’aboutissement du chemin, mais le chemin lui-même ». Peut-être qu’en cherchant, en continuant à chercher, en continuant à bourlinguer, à faire des reportages et des ouvrages, je suis sur une voie. Après, je ne vous dirai pas que j’ai trouvé la fin de cette voie, la finalité.

Votre héros, Pierre, évoque aussi beaucoup sa famille au début du récit, mais n’en parle plus du tout après. Comment est-ce que vous avez appris à vivre loin de vos proches ?

Vous savez quand vous êtes nourris par des rencontres permanentes, ça vous remplit de choses. Après, vous connaissez aujourd’hui les technologies numériques, Skype et toutes ces choses-là. On peut garder facilement contact avec les siens.

Ce n’était pas trop difficile ?

Non, pas du tout. Je vous invite à venir faire cette expérience en Inde.

Il y avait un passage qui était un peu plus important dans le livre, qui était la mort. On voyait que pour Pierre, c’était une grosse obsession. Je voulais savoir comment vous, vous l’avez vécu ?

J’ai été plusieurs fois confronté à la mort. J’avais un peu l’impression, sans être traumatisé comme le personnage, que c’était un peu étrange à chaque fois de croiser la mort, presque de l’attirer. Soit dans des conditions particulières, un peu historiques. Par exemple à Bangkok, quand j’ai filmé l’assaut de l’armée thaïlandaise pour reconquérir le centre-ville en mai 2010, qui était occupé par les révolutionnaires en chemises rouges, j’ai vu un collègue se faire toucher par une grenade. Ou alors dans des situations beaucoup plus anecdotiques. Comme dans ce chapitre à Karachi. Je filmais une famille et le mari de la famille est pratiquement mort devant ma caméra. C’est une famille anonyme. J’ai filmé cette mort. On l’a emmené à l’hôpital. J’ai pu rentrer avec ma caméra. J’étais très jeune journaliste et je pense, que je ne savais pas comment filmer la mort. On apprend à filmer la mort. Il faut peut-être essayer de suggérer un cadavre, une main plutôt que de filmer les choses en gros plan. À l’époque, je ne savais pas faire. J’ai appris à me positionner sur cette question de la mort.

Vous dites dans le livre que votre rêve était de devenir Grand reporter, et vous l’avez réalisé. Alors, aujourd’hui, quels sont vos rêves ?

Peut-être devenir grand écrivain ? (rires)

Florian Guadalupe

Retrouvez ici l’intégralité de l’émission

Alain Juppé, l’art de la communication efficace

Alain Juppé a été désigné par le magazine GQ, "l'homme politique de l'année".

Alain Juppé a été désigné par le magazine GQ, « l’homme politique de l’année ».

Après ses affaires judiciaires à la fin des années 1990, son exil à Montréal et sa défaite aux législatives de 2007, Alain Juppé a fait un retour fracassant sur le devant de la scène avec une communication rôdée. L’ancien premier ministre a réussi son année en cassant l’image de l’homme passéiste et technocrate et devenant une autre alternative pour 2017. Pour la moitié des français, il ferait « un bon président » devant Manuel Valls (32%) et Nicolas Sarkozy (31%) selon un sondage de Vivavoice commandé par Libération le 22 décembre 2014.
« Après avoir lancé sa candidature cet été pour à la présidentielle de 2017, Alain Juppé a maintenu sa communication, notamment sur les réseaux sociaux. Son statut d’homme d’Etat expérimenté est dans la continuité de son image au Quai d’Orsay » explique Gilles Boyer, son conseiller communication qui a élaboré avec l’ancien ministre des Affaires étrangères son retour efficace.

Une stratégie ciblée

La communication du chef du gouvernement de Jacques Chirac passe une grande partie par son blog, qu’il tient depuis 2000, et sur lequel il a annoncé le 20 août sa candidature à la présidentielle, mais aussi son programme au moment du retour de Nicolas Sarkozy et ses prises de positions sur l’actualité. »Son blog-notes, al1jup, est très repris, très lu et très efficace depuis la fin de l’été » ajoute le bras de « gauche » d’Alain Juppé, revendiquant 6 000 visites par jour contre 1 000 auparavant, « sa campagne municipale réussie a été un vrai boost. Sa stratégie de communication  a été très ciblée. L’objectif est de ne pas avoir besoin de se montrer partout et tout le temps ».
L’ancien président du RPR fait souvent la une des journaux d’opinions mais aussi des Inrocks, magazine idéologiquement à gauche où il prend le contrepied de l’ancien président en pleine campagne pour la présidence de l’UMP. Alain Juppé incarne une ligne différente de Nicolas Sarkozy, plus orientée à gauche. Alors que les débats tournent autour de l’abolition de la loi Taubira, l’ex-ministre de la Défense de 2010 à 2011 déclare être « favorable à l’adoption par un couple du même sexe ».

« En politique, on n’est jamais fini »

Une position franche après le succès de son passage à Des paroles et des actes sur France 2 le 2 octobre. Son retour se ressent par l’embellie dans les sondages, gagnant quinze points depuis juillet 2014 (sondage LH2, le 9 octobre) et le plaçant premier pour la primaire UMP de 2016. Il est alors plébiscité par GQ le 19 novembre qui le nomme « homme politique de l’année ». Il reçoit d’ailleurs le Prix 2014 de l’humour politique, décerné par le Press Club de Paris, pour sa phrase : »En politique, on n’est jamais fini, regardez-moi! ».
L’actuel maire de Bordeaux a connu des traversées du désert. Premier ministre en 1995, il accuse d’une forte impopularité, notamment à la suite de mouvements de grèves pour « la défense des acquis sociaux ». Adjoint au maire aux Finances de Paris, il est condamné en 2004 à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’éligibilité pour une affaire d’emplois fictifs, une partie des journalistes estimant qu’il « paye pour Jacques Chirac ». Il se retire au Québec par la suite, avant de revenir se présenter aux législatives en 2007. Une élection synonyme d’échec l’empêchant d’obtenir le millefeuille ministériel de l’Ecologie. Alain Juppé, ayant regagné la mairie de Bordeaux, se met en retrait des médias et travaille sur une nouvelle approche des Français.

Pour 2015, « la même ligne »

« On a choisi de faire des choses différentes que les autres: élargir la communication sur le plan culturel. Mais il ne faut pas être sur tous les médias, il ne faut pas en faire une overdose. On a refusé 99% des demandes » avoue Gilles Boyer. Et lorsqu’il se fait huer dans sa propre ville à Bordeaux le 22 novembre sur le sujet d’une primaire ouverte aux partis centristes, devant des militants UMP aux côtés de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé reste de marbre. Il est d’ailleurs soutenu par de nombreux cadors du parti, comme Jacques Chirac. Son positionnement sur l’échiquier politique plus au centre lui offre le soutien de François Bayrou  et marque clairement l’image de l’homme de droite modéré.
Cette posture, le membre du triumvirat de l’UMP « va l’intensifier lors de la primaire en 2016. Il faudra s’adapter aux circonstances et à l’actualité. Pour 2015, l’objectif n’est pas de maintenir la même communication mais de garder la même ligne » souligne son conseiller communication.

 

Florian Guadalupe

Charlie Hebdo : Que retient-on de la couverture médiatique des attentats ?

Après les attentats du début du mois de janvier, l'heure est au bilan pour les médias de l'audiovisuel

Après les attentats du début du mois de janvier, l’heure est au bilan pour les médias de l’audiovisuel

Durant l’attaque à Charlie Hebdo et les malheureux évènements qui l’ont suivie, les médias audiovisuels ont fait face à une situation inédite. De lourds moyens techniques ont été mis en œuvre pour suivre l’affaire. Quel bilan peut-on en tirer ?

La surprise, puis la réaction. La triste nouvelle apprise, l’ensemble des médias, notamment audiovisuels mais aussi web, a chamboulé leur programme déployant une édition spéciale : direct avec journalistes sur le terrain, analyse par des experts, etc. Les réseaux sociaux, les institutions et les journalistes eux-mêmes ont critiqué certaines manœuvres des médias pour avoir des exclusivités et les meilleurs images, parfois au dépend du bon déroulement des opérations de la police et des gendarmes. Que faut-il retenir, quelles erreurs ont été faites ?

Danger du sur-plus d’information

Rumeurs ou intox, durant trois jours une pluie d’information est tombée à la télévision et sur les réseaux sociaux. Les médias devaient faire preuve de recul avec les données des actions lors des opérations à Dammartin-sur-Goëlle et à Porte de Vincennes.

L’annonce de France 2 de la présence de Lilian Lepère,  salarié de l’imprimerie où étaient cachés les frères Kouachi, aurait pu le mettre en péril. Une information récupérée par la Deux à la suite d’une interview de la sœur du « présumé otage ». « On ne peut pas dire que nous avons mis en danger le frère de cette personne », affirme au Monde, Thierry Thuillier, directeur de l’information de France Télévisions, « à partir du moment où on comprend que la sœur est sans nouvelle de son frère et qu’elle dit cesser de l’appeler pour éviter de le compromettre s’il est caché, on change l’angle de la conversation à l’antenne ».

Autre cas sur BFM TV, à la fin de l’assaut à Porte de Vincennes, la femme de l’un des otages dénonce la diffusion de la chaine d’information continue de la présence d’otages cachés dans une chambre froide du supermarché. Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV, a tenu expliqué qu’ils n’ont jamais mentionné leur existence dans un bandeau. Seul, le journaliste Dominique Rizet, en plateau, a évoqué une fois la présence d’une femme cachée, se justifiant l’avoir dit avec l’accord d’un contact au Raid. Certains sites web comme l’Express.fr ont regretté avoir donné trop information et ont fait leur mea culpa : « Nous sommes censés, nous apprend-on dans les écoles, ne diffuser une information que si elle a été vérifiée à deux sources différentes et fiables. On l’oublie trop souvent, au gré des circonstances, des urgences, des fausses certitudes ou des nécessités – et quand je dis on, je monte dans la barque avec L’Express. On tâchera de s’en souvenir. »

« Grand coup de chapeau aux journalistes »

Bien que de nombreuses erreurs aient été réalisées durant cette lourde semaine, il ne faut pas oublier les circonstances inédites pour les journalistes. L’information aurait pu être contre-productive, notamment avec les caméras avant les assauts, qui auraient pu aider les terroristes à suivre le déroulement des opérations. Mais ne négligeons pas le travail journalistique qui a aussi permis au public de suivre l’affaire et d’aider les forces de l’ordre. « Il y a probablement eu quelques erreurs ici ou là, mais quel travail. Grand coup de chapeau ! » félicite Mémona Hintermann, membre du CSA au micro de Jean-Marc Morandini sur Europe 1, « le zéro défaut n’existe pas ».

Quand un évènement d’une telle ampleur débarque dans les rédactions, le réflexe n’a pas été que la course à l’information. Une majorité de médias a d’abord essayé d’avoir un décryptage clair de l’incident, avant de prendre des mesures efficaces pour couvrir les évènements correctement. « Nous avions les moyens d’adopter une approche prudente. On a un service police-justice composé de cinq personnes qui, jour et nuit, est là pour valider l’information donnée sur nos antennes », raconte Laurent Guimier, directeur de France Info« l’idée n’est pas de fanfaronner en disant : « On n’a pas fait d’erreur » mais bien de se dire qu’on a tenu nos engagements éditoriaux même dans les moments de très fortes tensions ».

Une rencontre entre les dirigeants de l’audiovisuel

L’accalmie revenue, le CSA a réuni jeudi l’ensemble des médias afin de revenir sur le traitement médiatique des attentats à la télévision et la radio. Animée par Olivier Schrameck, président du gendarme de l’audiovisuel, près d’une quarantaine de responsables sont venus exposer leurs difficultés et les problématiques rencontrées. Objectif de cette journée : comprendre le cadrage de l’information sur ces évènements pour servir demain en pareilles circonstances.

Principale remarque faite : les relations avec les autorités publiques. Afin d’éviter des maladresses ou dérapages, Thierry Thuillier, Hervé Béroud et Céline Pigalle, directrice de la rédaction d’i<télé, ont réclamé « un interlocuteur permanent du côté des autorités ». Cette mesure empêcherait au moins de divulguer la présence ou non d’otages et de doser l’information en fonction des enquêtes et de l’opération. Même si les dirigeants des grandes chaînes et radios seront toujours dans la quête de l’exclusivité et de l’audience, principale mesure de revenu de ces rédactions. Pour rappel, BFM TV a enregistré son record historique le jour de l’attaque à Charlie Hebdo avec 13,3% de parts d’audience.

Florian Guadalupe

Nous avons tous un peu de Charlie

"Je suis Charlie", le message diffusé sur les réseaux sociaux en soutien à l'hebdomadaire

« Je suis Charlie », le message diffusé sur les réseaux sociaux en soutien à l’hebdomadaire

Midi, les médias les plus fiables le confirment. Une fusillade sanglante a lieu dans la rédaction de CharlieHebdo. Bilan fait par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur : douze morts et huit blessés dont quatre grièvement. L’heure est au recueillement en France. Sur les réseaux sociaux, c’est un raz de marée d’hommages. On se souvient de #notinmyname ou #bringbackourgirls, pour cette tragédie les internautes ont exprimé leur tristesse mais aussi leur solidarité à travers le hashtag #JeSuisCharlie. Un soutien réalisé par l’ensemble de la classe politique, d’Emmanuel Macron à Christian Estrosi, en passant par Arnaud Montebourg et Cecile Duflot. Une émotion qui a dépassé les frontières françaises.

Ce ne sont pas simplement des journalistes et des policiers qui ont disparus. Ce sont des français. Ce sont des personnes qui défendent la liberté d’expression, la liberté de la presse et toute sorte de liberté qui soit. La présence de la presse libre et indépendante en France est gage de démocratie. Nous sommes tous touchés et horrifiés. Nous sommes tous satiriques devant la politique, les médias, la religion, la société. Nous sommes tous dessinateurs, rêveurs, provocateurs. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, les smartphones, les téléphones, nous avons tous une part de journaliste en nous. Oust les débats de religions ! Je ne veux pas commencer à expliquer une chose qui n’est pas à expliquer. Simplement, ceci n’est pas l’Islam. 
Ce mercredi 7 janvier 2015, la France, les français et Charlie ont vécu un instant noir. Une douleur partagée par une grande majorité qui a su rassembler derrière un même sentiment, celui du recueil. Après avoir vu ces derniers mois, tous ces débats autour de l’identité nationale, l’immigration, le communautarisme et tous ces sujets qui clivent le pays, je peux être fier de voir en France une union nationale, au de-là des classes politiques, de la religion et de la classe sociale. Aujourd’hui, nous avons tous été Charlie.

 

Florian Guadalupe

Neuf ans de menace

Une de Charlie Hebdo

Une de Charlie Hebdo

Ce matin, trois terroristes ont attaqué la rédaction de Charlie Hebdo, faisant douze morts et huit blessés. Le directeur de la rédaction Charb, ainsi que trois autres dessinateurs, Cabu, Tignous et Wolinski ont été abattus.

Triste prémonition. Dans le premier Charlie Hebdo de l’année, sorti ce jour dans les kiosques, Charb s’étonnait dans un de ses dessins qu’il n’y ait pas encore d’attentat en France. « Attendez, on a jusqu’à le fin janvier pour présenter ses vœux », lui répondait un homme, arme en main et ressemblant à un taliban. Malheureusement, il avait vu juste. Ce matin, l’attentat qu’il attendait ironiquement, a bel et bien eu lieu et lui a couté la vie, ainsi qu’à onze autres personnes présentes sur les lieux.

Cet attentat est le résultat d’une longue histoire entre le journal satirique et l’Islam. En 2006, il reprenait des caricatures du quotidien danois Jyllands-Posten, au nom de la liberté d’expression. Ces douze dessins provocateurs mettaient en scène le prophète Mahomet. Ici se situe le point de départ des menaces, avec qui Charlie Hebdo vit depuis bientôt 10 ans. Depuis, des policiers veillaient systématiquement à l’entrée de la rédaction, dans le onzième arrondissement de la capitale.

Pourtant, Charlie Hebdo, pas vraiment effrayé, a continué à publier des caricatures du prophète. En 2011, il avait transformé son nom en Charia Hebdo, mettant a nouveau en scène Mahomet. Premier avertissement d’envergure, dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, les locaux du journal sont incendiés. Si aucune victime n’est à déplorer, l’intérieur du bâtiment, est intégralement détruit. Charb est, dès lors, mis sous surveillance rapprochée. Dans le même temps, le site internet est piraté durant quelques heures avec, en guise de page d’accueil, une photo de la mosquée de la Mecque titrée du slogan « No got but Allah » (Pas d’autre Dieu qu’Allah).

En 2012, Charb expliquait que malgré les menaces de plus en plus pressantes, son journal ne modifierait pas sa ligne de conduite. « Il y a de la provocation comme toutes les semaines, pas plus avec l’islam qu’avec d’autres sujets », faisait-il savoir… En grandes difficultés financières le journal est menacé de disparition. Mais, aujourd’hui, l’important n’est pas là. Aujourd’hui, nous sommes tous Charlie.

Antoine RAGUIN