Clichy : les enseignants du collège Jean Macé dorment dans leur établissement

Après la sortie du Collège du Rep, l'équipe éducative réclame plus de moyens

Après la sortie du Collège du Rep, l’équipe éducative réclame plus de moyens

À Clichy, des professeurs protestent contre leur sortie du Réseau prioritaire d’éducation. Pour se faire entendre, une partie d’entre eux passera la nuit dans l’enceinte du collège.

La colère des professeurs gronde, même après la fin des cours. Dix-huit enseignants dormiront la nuit du 11 au 12 décembre 2014 dans leur salle des professeurs pour exiger le maintien du Rep à Clichy, dans les Hauts-de-Seine.  Cette décision survient trois mois après l’annonce de la réforme de l’éducation prioritaire de Najat Valaud-Belgacem, ministre de l’Education nationale.

Un mouvement pacifiste

Mobilisé depuis deux jours, une quarantaine de professeurs, toutes matières confondues, ont organisé une réunion de parents d’élèves à 18h pour les informer de leur action. « Nous avons décidé de réaliser une opération forte », a confié l’un des acteurs à l’initiative du mouvement.

Que les Clichois se rassurent, le directeur, Christian Comes n’est pas séquestré, comme l’on maladroitement déclaré certains médias mais soutient son équipe pédagogique. « C’est une manière de faire comprendre l’inquiétude des professeurs » a expliqué le responsable de l’établissement assis le téléphone à la main, « il faut faire connaitre nos difficultés ». Pour cette longue soirée, son bureau devra faire office de chambre à coucher.

« Des effectifs et des options qui vont disparaître »

C’est dans un dortoir improvisé avec des matelas et des couettes, disposés entre les couloirs et la salle de repos que les enseignants pourront se reposer. Mais cette ambiance conviviale ne cache pas leur détermination. « Ce sont des moyens en moins pour le collège, plus de trente élèves par classe, des effectifs qui sautent et des options qui vont disparaître » a affirmé Thierry Legac, professeur de Sciences vie et de la terre et créateur du compte twitter @MaceEnDanger. Au de-là même d’un aspect politique et syndicale, cette mobilisation réveille l’exaspération de l’ensemble du corps éducatif.

Dès le lendemain, le collège sera dit « mort ». Les élèves ne sont pas conseillés de venir en classe mais seront tout de même accueillis dans l’établissement. Les professeurs ne feront pas cours mais resteront présents. Des parents d’élèves comptent bloquer l’entrée pour soutenir la colère, selon le directeur du collège Jean Macé. Et la situation ne s’arrêtera pas ce week-end : mercredi 17 décembre, un autre sit-in nocturne sera réalisé et « l’opération sera plus forte » car elle se déroulera pendant la remise des bulletins. Une série d’actions qui devrait rapidement faire réagir le ministère de l’Education.

Florian Guadalupe

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Serge Lazarevic : une interrogation sur sa libération


Serge Lazarevic a été relâché par Aqmi hier matin – (photo: bfmtv)

Après trois ans de détention par le groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique, le franco-serbe a été libéré mardi. Dernier otage français dans le monde, les conditions de sa délivrance sont pointées du doigt.

Amaigri mais souriant, Serge Lazarevic a atterri ce matin sur la base aérienne de Villacoublay. Accueilli par le président François Hollande, il a remercié brièvement « la France, le peuple français et tous les gens qui ont œuvré pour la libération des otages ».

L’ex-otage avait été enlevé par un groupe d’hommes armés dans un hôtel à Hombori au Mali le 24 novembre 2011 alors qu’il était en voyage d’affaires avec un autre français, Philippe Verdon, tué d’une balle dans la tête en juillet 2013. La branche terroriste Aqmi avait revendiqué leur enlèvement, présentant les deux otages comme des agents des renseignements français.

Cependant, des interrogations sur les modalités de la négociation ont commencé à émerger. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères l’avait rappelé en août 2014 : « l’Etat français ne paie pas de rançon. » Une politique standard qui n’est pas toujours suivie.

Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement a admis qu’il « y a eu des négociations » qui ont été menées « par la France et par les pays qui agissent dans tout cette région pour lutter contre le terrorisme ». Toutefois, il « ignore » si un transfert avec des terroristes a eu lieu. La presse locale malienne a évoqué un échange de deux prisonniers, Mohamed Ali Ag Wadoussène et Haïba Ag Achérit contre l’otage français. L’Association malienne des droits de l’homme a même parlé de quatre prisonniers libérés.

 

Selon Pierre Martinet, ancien agent de la DGSE, Serge Lazarevic a été libéré contre le paiement d’une rançon. Même discours pour Alain Marsaud, député UMP des français à l’étranger : « Bien sûr que, pour obtenir la libération de Serge Lazarevic, à un moment ou un autre, on a été amenés à payer une rançon ou à obtenir des libérations de détenus ». Toutefois l’ancien juge anti-terroriste précise que « ce n’est pas forcement l’Etat qui paie, mais plutôt les caisses d’assurance ou les entreprises ».

De son côté, Marine Le Pen a déclaré ce matin s’opposer à payer une rançon pour libérer un otage. Selon la présidente du Front national, ces paiements « mettent en danger la vie ou la liberté de futurs otages car ils augmentent leur attractivité ». Sur ce sujet, François Bayrou est favorable à « des contreparties ».  «C’est l’honneur de la France de dire que nous sommes un pays qui n’abandonne pas les siens » a ajouté le président du MoDem jugeant qu’il n’est « ni sain, ni intéressant d’en demander plus ».

Malgré ces interrogations, le président de la République s’est réjoui de la bonne santé du franco-serbe. La libération de « tous les otages français » était « l’objectif » fixé par François Hollande lors de sa prise de fonction. Le locataire de l’Elysée poursuit sa lutte contre les groupes jihadistes en maintenant actuellement 3 000 hommes dans le Sahel.

Florian Guadalupe & Pierre-Yann Mazari

Tinder : plus qu’une application, un réseau social

 

Tinder a réussi à se faire un nom. Barclays estime son chiffre d’affaires à 200 millions d’euros en 2016. – (source photo : Wikipédia)

Tinder a le vent en poupe. Barclays estime son chiffre d’affaires à 200 millions d’euros en 2016. – (source photo : Wikipédia)

Droite, gauche, droite, gauche. Le doigt vire dans ces deux sens et les photos défilent à une vitesse folle. Tinder, c’est l’art de flirter en évitant les râteaux. L’application mobile, créée il y a seulement deux ans, devient un réel réseau social branché.

L’appli qui match ! En fusionnant proximité, rencontre et simplicité, Tinder s’impose en 2014 comme un concurrent sur le marché des réseaux sociaux. Fruit du travail de quatre Américains, le supermarché de l’amour, ce sont 21 employés à plein temps à Los Angeles et 65 demandes de mariages réussies. Catégorisé comme un site de rencontre, le service mobile évolue progressivement à l’instar d’un vrai réseau social.

Tinder, une communauté ?

Sean Rad, co-fondateur de l’application de l’amour, a déclaré  avoir plus d’1,2 milliard de swipes (le geste pour dire si on aime ou non le profil de quelqu’un) par jour, soit 350 millions de plus par rapport à mai 2014. Malgré le fait qu’AppData compte 2 millions d’utilisateurs par jour et que Les Echos annonce 30 millions d’afficionados de Tinder, la société ne souhaite pas donner de chiffre sur la question même si elle déclare une augmentation de 5% par jour. Une réussite que Clément Pellerin, formateur en réseaux sociaux, explique « du fait de l’élimination des formulaires longs à remplir des autres sites de rencontre et de la simplicité d’usage », avant d’ajouter que « la gratuité est bien évidemment une raison du succès ».

Lors de son allocution à la conférence de Forbes du 20 octobre, Whitney Wolfe, co-créatrice de Tinder, a révélé 2 milliards de matches fin 2012 et une population homme-femmes équilibrée. Selon elle, l’objectif de l’application est de « mener à une rencontre immédiate et décomplexer la rencontre en ligne ». Décomplexer mais aussi glorifier. En quelques minutes, l’application juge sur l’apparence et flatte l’égo. Avec sa géolocalisation programmée, Tinder forme une réelle communauté. Son aspect de réseau de niche et la difficulté de faire de faux profil légitiment les membres de l’application dans leur recherche de « l’amour ». Cet espace numérique, en majorité d’utilisateurs urbains, n’oblige pas à se mettre en couple mais plutôt favorise les coups d’un soir. Un vrai concept inspiré des dates à l’américaine qui homogénéise la culture de la drague.

« Un formidable écosystème »

Tinder s’est démarqué en s’inspirant des différentes fonctionnalités des autres réseaux sociaux. Pour Vincent Glad dans CheekMagazine, « l’appli a réussi là où Facebook a échoué, à savoir en connectant des inconnus entre eux ». Les poke et les likes de Facebook sont les ancêtres des swipes et des matches.  Alors que sa gratuité est un des facteurs de sa popularité, la révolution technico-amoureuse prépare des gadgets payants : le bouton « annuler » permettant de revenir sur un profil swipé et la touche « passeport » avec géolocalisation illimitée.

Sean Rad l’assure dans Forbes, « ce formidable écosystème » est un réseau social : « les gens voyagent, ils essayent de se faire des amis sur place grâce à Tinder. Certains l’utilisent pour faire du business. Il y a des artistes qui cherchent à diffuser leur musique et atteindre leurs fans. Des gens utilisent aussi Tinder pour avoir plus de followers sur Instagram. » Une agence de publicité nord-irlandaise s’est d’ailleurs appropriée le service  pour une campagne de faux profils de lutte contre la prostitution (voir encadré ci-dessous). Cet écosystème  s’étend même sur les autres réseaux sociaux : les utilisateurs s’échangent leurs profils Facebook, se suivent sur Twitter et proposent même des bêtisiers des profils les plus drôles sur Tumblr.

Tinder Thumb, addict aux matches

Du bon comme du mauvais. L’application des dragueurs du net révèle aussi des défauts. Dans le documentaire Love me Tinder diffusé sur France4, la journaliste évoque le comportement très entreprenant de certains prétendants et l’effet  de travail à la chaîne du flirt. La presse anglaise a même découvert une addiction qu’elle nomme le Tinder Thumb, soit une consultation incessante à chaque fois qu’on se trouve dans un nouveau lieu, pour ne rater aucune cible potentielle. « Tinder peut nuire à la relation hommes femmes dans la mesure où l’on est vraiment dans la consommation d’un produit » confie Clément Pèlerin, l’expert en médias sociaux, « on ne cherche pas à creuser, on sait que l’on pourra trouver facilement d’autres prétendants ».

La plateforme numérique des tchatcheurs a su correctement se positionner sur le marché fructueux des rencontres sur Internet, estimé à 1,13 milliards de dollars selon lejournaldunet. Une société française s’est déjà inspirée de Tinder pour créer Happn : encore loin d’être aussi populaire que sa grande sœur, ce petit poucet ambitionne de ringardiser l’application des matches. Mais Tinder surveille les mastodontes des médias sociaux, notamment Facebook. Même s’ils sont partenaires (il faut avoir un compte Facebook pour être sur le service), David veut titiller Goliath. À ce jour, le terrain sur lequel les deux se retrouvent est le parcours en dents de scie de leurs fondateurs : coup de théâtre début novembre, Sean Rad, co-fondateur de Tinder, est démis de ses fonctions de PDG pour une affaire d’harcèlement sexuel sur Whitney Wolfe. L’application n’a pas encore prévu de se placer en bourse, mais a déjà de quoi sortir un film : The Tinder Social Network.    

 

Florian Guadalupe

 

« Tinder a dépassé le stade de simple appli de rencontre »

Lauren Provost, l’experte des réseaux sociaux de l’Huffington Post. – (source photo: plus.google)

Lauren Provost, l’experte des réseaux sociaux de l’Huffington Post. – (source photo: plus.google)

Spécialiste des réseaux sociaux et journaliste au Huffington Post, Lauren Provost voit en Tinder plus qu’une simple application : un réseau social et un canal de communication.

Comment Tinder est devenu un réseau social ?

Si Tinder reste une application mobile, celle-ci réunit dès le départ les composantes clés d’un réseau social, à savoir des individus reliés entre eux, une technologie et la création de contenus. On voit, par exemple ici, les profils des utilisateurs et leurs discussions quand ils matchent. On pourrait donc dire que Tinder a été conçu comme un réseau social et n’en est pas vraiment « devenu » un.

L’application a pourtant évolué depuis sa création ?

Si on doit parler d’une transformation de Tinder actuellement, je dirai que l’application a effectivement passé un cap car, désormais, des personnes extérieures au réseau créent du contenu spécialement pour Tinder et ses utilisateurs. Pour vous donner un exemple récent, en Irlande, une agence a conçu une campagne de sensibilisation contre le trafic sexuel à la demande du Conseil de l’Immigration. La campagne se déroule sur Tinder avec de faux profils de femmes. Lorsque l’utilisateur fait défiler les photos de leur profil, il découvre peu à peu des éléments troublants comme des hématomes. La dernière photo du profil dévoile qu’il s’agit d’une campagne et contient un message de sensibilisation. Avec cet exemple, on voit également que Tinder a dépassé le stade de simple appli de rencontre. Aujourd’hui son utilisation est détournée, comme lorsqu’un jeune à la recherche d’emploi décide d’y publier son CV.

Thomas Joubert marche à l’onde

 

Fidèle compère de Jean-Marc Morandini sur Europe1, Thomas Joubert, 37 ans, navigue dans le milieu des médias depuis 1997. De la radio à la télévision, l’attentif journaliste s’est rôdé par ses diverses expériences  et sa passion du métier. Portrait d’un professionnel qui n’a pas sa langue dans sa poche par Florian Guadalupe.

 

Thomas Joubert, le journaliste trublion d'Europe1.

Thomas Joubert, le journaliste trublion d’Europe1.

Sa chronique quotidienne du Grand direct des médias terminée, Thomas Joubert m’accueille dans le studio intime numéro 4, ancienne maison de Pierre Bellemare et utilisé aujourd’hui pour des interviews. Les pieds sur terre, il fait parti de ces journalistes qui ne sont pas passés par des écoles reconnues. C’est sur le tas qu’il a appris le métier. De fil en aiguilles, il atterrit sur la station reine de Lagardère et se voit offrir l’émission des 30 ans du Top 50, « un rêve de gosse » pour le chroniqueur radio.

Sa lettre audacieuse à Europe 1

Du haut de ses dix ans, le poste radio dans sa chambre est déjà réglé sur Europe1 pour écouter le classement des musiques du moment présenté par Jean-Luc Delarue. La radio, c’est une histoire de famille. Avec des parents amateurs de radio, il connait par cœur les grilles des programmes, que le garçon refait et déplace lui-même. L’éternel fan d’Europe1 assiste déjà aux émissions de Jean Roucas, Laurent Boyer et du présentateur de Ça se discute dans les studios qu’il côtoie aujourd’hui.

À l’âge de 15 ans, le féru des médias a le privilège de rencontrer le directeur des programmes d’antan, Patrick Blanc-Francart. L’adolescent culotté lui écrit une lettre désignant les émissions qu’il aime et qu’il n’aime pas. Alerté par le style du jeune homme, le patron des grilles le fait venir dans son bureau et lui confie une mission : rendre des rapports d’écoutes réguliers toute la saison. Au bout de quelques semaines, Thomas l’avertit d’un animateur « qui explose à la radio », Artur. « À l’époque, c’est un phénomène de société, tout le lycée n’écoute que ça », raconte fasciné l’ancien chroniqueur de Faut pas rater ça sur France 4. Coïncidence ou réel impact, Artur débarque à la rentrée 1993 au micro d’Europe1.  Une anecdote qui l’a marqué et permis de mettre un premier pied dans le monde des médias.

L’ « excellente école » d’I<télé.

Ayant d’abord fait ses marques à la radio à France Inter, Voltage et Europe 2, la télévision le tente. Il passe par pléthore de chaînes télévisées avant de se poser sur I<télé  pendant huit ans. Une expérience qui l’aura « lessivée » mais qu’il confie être « une excellente école. » Débutant en chaîne d’information en continue, il se retrouve à devoir traiter de sujets lourds comme la seconde guerre en Irak, la mort de Jean-Paul II et les obsèques de Yasser Arafat. Lors du crash du Rio-Paris d’Air France, le journal se lance sans qu’il n’ait vu le sujet. « Des gens arrivaient dans le studio, on ne savait même pas qui c’était», se souvient Thomas Joubert, auparavant présentateur de la matinale avec Laurent Bazin et Nathalie Iannetta.

En 2011, la station de son enfance lui ouvre ses portes. Révolue l’information sérieuse, place à l’info média un peu plus légère. De cette grande expérience, il en ressort beaucoup de maturité : « on est toujours plus fort quand on est aussi à l’aise pour parler de la guerre en Afghanistan que de la petite culotte de Britney Spears ». Le plus beau mec de la télé 2012 selon Têtu a toujours entretenu une relation ambivalente avec les médias et le métier de journaliste.

De nouveaux supports parfois insupportables

En 2009, Twitter n’existait pas encore en France que Thomas Joubert voulait le mettre en place sur I<télé : « c’était beaucoup trop tôt ».  Ce réseau social est une vraie mine d’informations pour le journaliste média et people mais surtout un moyen pour lui de communiquer. Cela fait longtemps qu’il ne poste plus de messages personnels, les tweets sont essentiellement pour de la promotion ou un relai d’Europe1. Il reproche tout de même avec frénésie « l’effet pervers des réseaux sociaux » qui est devenu le « défouloir moderne » des internautes « avec des réactions extrêmement violentes. »Si Thomas a fait de la radio sa passion, c’est parce qu’il estime qu’elle « ne mourra jamais. » En moins de vingt ans, il l’a vu évoluer. Le jeune journaliste qu’il était à Europe2 se rappelle encore des heures qu’il passait à devoir convertir ses chroniques pour les diffuser sur le web. Une plaie de nos jours automatisée. Finis les lecteurs CD et les postes radios, aujourd’hui il écoute la radio sur l’Iphone et en podcast. « La radio d’il y a 10 ans n’est pas différente de celle d’aujourd’hui. Ce sont les supports qui ont changé », rappelle l’auteur du livre des 30 ans du Top 50.

Mais ce n’est pas les réseaux sociaux que le mordu de « Fais pas ci fais pas ça » critique le plus sur Internet, c’est la recherche incessante de clics et de buzz. Il sait que c’est Jean-Marc Morandini qui l’a inventé  et trouve même ça « géniale. » Ce qui le gêne, c’est que « l’information sérieuse soit tombée dans le même travers », notamment par le jeu de petites phrases. Pour les sites médias, il considère dommage que certains n’osent pas avouer qu’ils fonctionnent comme ça. Au jeu du clic et de la news, Thomas assume y participer tous les jours mais qu’en terme d’information, « ça n’a aucun intérêt ». La seule limite qu’il se donne, c’est de ne pas faire une information sur une personne qui refuse de répondre à un buzz « pour alimenter le feuilleton. »

Dans les pas de Morandini

Ce recul et cette carapace que s’est forgé le chroniqueur de 37 ans, il le doit en parti à l’animateur de fin de matinée d’Europe1, Jean-Marc Morandini. En venant d’I<télé, Thomas a eu l’image du « bobo parisien qui se pince le nez sur certaines informations. » À ses côtés, il a appris le sens du public. En le remplaçant plusieurs fois, il s’est rendu compte qu’il fallait se mettre à la place des auditeurs pour réussir l’émission. Et toujours  en ignorant ce que peuvent penser les « Télérama, Nouvel Obs ou Puremedias. » Le journaliste a acquis une faculté à être hermétique à toutes les critiques. Conscient de ne pas faire du journalisme Albert-Londres, son objectif est de passer un bon moment dans une émission sur les médias, l’actualité et la santé.

Peu à peu, il se fraie un chemin pour avoir le plus d’espace possible. Dès Noël, Jean-Marc Morandini lui laisse les manettes du Grand direct des médias, soit trois heures d’émissions en direct. Son ambition, il ne s’en cache pas et la station est au courant, Thomas Joubert voudrait décrocher sa propre émission : être au micro de la quotidienne le week-end et continuer à faire le 9h-10h sur les médias. Pour lui, « la télé, elle marche sept jours sur sept. » Toutefois, il met le doigt sur un grand défaut des radios généralistes : ils ne prennent que des gens de la télévision. Après avoir énuméré une dizaine de personnalités, il rappelle que Jean-Luc Delarue a commencé à la radio avant de devenir l’icone du petit écran. Ce nouveau système de la radio, il le juge en parti promotionnel. « C’est plus jolie sur les affiches d’avoir Alessandra Sublet que Thomas Joubert », convient l’ancien rédacteur en chef de Disney Channel. Thomas ne veut pas griller les étapes et compte bien arriver à ses ambitions. Il sait que c’est par le travail qu’il pourra concrétiser ses désirs, même s’il assume avoir eu ce facteur chance qui l’a beaucoup aidé dans sa carrière.

Exposition «14-18» : Clichy fait son devoir de mémoire

Affiches de propagande, photos inédites, armes d’antan, débris d’obus et cartes postales. La ville de Clichy a mis à disposition du public une panoplie d’objets de la Grande guerre. Une exposition mémorable qui fête le centenaire à travers plusieurs générations.

Des photographies inédites décrivant le climat de la Grande guerre - Photo : Florian Guadalupe

Des photographies inédites décrivant le climat de la Grande guerre – Photo : Florian Guadalupe

 

« Les obus, c’était du lourd », s’exclame Roger, octogénaire et membre des anciens combattants. L’exposition « 14-18, la Grande guerre » a proposé ce mardi 11 novembre un éventail de souvenirs de la Première guerre mondiale à la Maison des associations de Clichy. À l’initiative de la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie-Maroc-Tunisie, du club de philatélie et de cartophilie de Clichy et de la Croix Rouge, de nombreux Clichois sont venus prêter leur trésor de la guerre pour faire « profiter de leur récits » et « garder une trace pour les futurs générations », explique Pierre Fouillé président de la FNACA.

Des trésors du champ de bataille

Dans la salle d’exposition, le public est venu en famille ou entre amis pour découvrir des photographies inédites   des tranchées. Développées avec un ancien appareil photo, ces illustrations au plus près du front dévoilent aux jeunes un monde éloigné d’eux. « Je ne savais pas à quoi ressemblait les obus en vrai », confie Samia, 15 ans. « Ils fabriquaient eux-mêmes leurs briquets, c’est incroyable ». Posés sur de grandes étagères éclairées, des sculptures d’obus et de douilles, des cahiers de dessins, des jeux de cartes, des bagues fabriquées à partir de boites de conserve, des partitions écrites à la main et des cartes postales révèlent une autre vision de la guerre, celle de la solitude du terrain. « À l’école, la Première guerre mondiale est traitée sur des faits historiques, sans l’émotion du devoir de mémoire. Quand on voit les objets et leurs significations, on apprend autre chose », témoigne Mireille Planteligne, chargée de mission.

« Tirer des leçons du passé »

Un livre attire particulièrement l’attention des visiteurs : « Clichy pendant la Grande guerre » d’Alphonse Desormeaux. Écrit par l’ancien élu de la ville de 1908 à 1925, « c’est un récit poignant » glisse Josette, Clichoise depuis 56 ans.  « Il faut être conscient de cette histoire pour comprendre notre présent », explique-t-elle. « C’est indispensable de tirer les leçons du passé ». Dans le cadre de cette journée de devoir de mémoire, l’ensemble des forces politiques de Clichy se sont réunis au sein de l’exposition. « Ce sont plusieurs générations confondues qui se rassemblent pour faire perdurer le souvenir de la guerre »souffle Manuel Allamellou, adjoint au maire au Devoir de Mémoire et aux Anciens Combattants. Il craint que « si on ne fait pas ce travail », la mémoire de ces soldats « disparaisse de l’imaginaire collectif ». Clichy a ainsi réussi son pari. L’exposition gratuite et ouverte jusqu’au 16 novembre a su toucher toutes les tranches d’âge et a rappelé l’importance du mot « mémoire ».  Un événement qui ne fait qu’inaugurer les quatre ans de commémoration que prépare la ville.

Florian Guadalupe

Non, M. Zemmour, les équipes françaises ne sont pas des équipes africaines à 80%

 

Maladresse dans ses mots. Willy Sagnol a suscité la polémique depuis son interview dans Sud Ouest évoquant le profil du « joueur africain ». Un thème qui a permis une nouvelle fois à Eric Zemmour de se tromper et dire quelques bêtises. 

 

« Les équipes françaises sont des équipes africaines à 80%. » L’ancien chroniqueur d’On n’est pas couché a encore frappé lors de son émission hebdomadaire, Ça se dispute sur I<Télé face à Nicolas Domenach, présentée par Pascal Praud. Rapidement recadré par le journaliste sportif, Zemmour a rajouté qu’à Bordeaux et Marseille, des Africains « il y en a énormément. » Sauf, qu’ « énormément » n’est pas un quantitatif et reste relatif. Mais sommes-nous si loin des 80% ?

1 joueur sur 5 Africain

Sur les 583 joueurs de Ligue 1 comptés par l’Equipe.fr, seulement 119 sont Africains, soit à peine 20% des joueurs. On s’éloigne des 80% ou de l’ « énormément » du polémiste. Quand est-il de Bordeaux et Marseille, cité par ce dernier ? Bordeaux compte 23% d’Africains dans son effectif. Le taux est supérieur à la moyenne de la ligue 1, d’où l’inquiétude que se fait l’entraîneur de Bordeaux pour la Can 2015(Coupe d’Afrique des nations), sachant que des joueurs clés pourraient partir. À Marseille, les Africains représentent plus de 27% de l’effectif.

Certes, Zemmour a pointé du doigt le surplus de joueurs africains dans ces deux clubs, mais l’équipe la plus africaine demeure Bastia !  Le club corse compte 9 Africains dans son équipe, soit quasiment 30% de l’effectif. Pourquoi ne pas en avoir parlé ? La Corse trop stéréotypé ? Sans surprise, le Paris-Saint-Germain est l’équipe la moins représentative de l’Afrique avec 1 seul joueur, Serge Aurier, international ivoirien.

Monaco club européen, Paris club sud-américain

Le Paris-Saint Germain est réputé pour son amour des joueurs sud-américains. 30% des parisiens sont issus d’Amérique du Sud, un taux doublement supérieur à la deuxième équipe sud-américaine de France, Bordeaux avec seulement 13%. L’armada outre-Atlantique parisienne contribue au succès du club.Les joueurs sud-américains seraient-ils gage de réussite ? En tout cas, la rumeur d’un nouveau joueur argentin a été relancée récemment.
Son ennemi intime monégasque a basé lui son effectif sur le plan européen. Hors des Français, 9 joueurs sont issus de pays européens, soit 31% de l’effectif, suivi de très près de Rennes et ses 8 européens (27%).  Et concernant l’équipe la plus française, la palme revient à Lens avec une équipe à plus de 82% de Français ! Un réel contraste avec Paris (44,8%) et Monaco (41,3%). En constat, il est difficile de trouver un rapport entre les résultats d’un club et la nationalité de ses joueurs, mais le lien entre chacun est souvent historique, économique et stratégique.

Tous les chiffres ont été calculés à partir du site lequipe.fr.

Florian Guadalupe

 Voici une petite infographie représentant les nationalités par club.

 

https://e.infogr.am/les-nationalites-en-ligue-1

France Ô et France 4 à la trappe ?

 

Le bilan du mandat de Rémy Pflimlin, président de France Télévisions, est tombé ! La note est sévère. Dans un document de cent pages, le CSA « a relevé nombre d’objectifs non atteints et d’insuffisances » dont France 4 et France Ô.

 

C’est la ca-ca, c’est la cata, c’est la catastrophe. À part France5, le rapport du gendarme de l’audiovisuel dénonce « l’échec d’une claire identification des lignes éditoriales des chaînes » du service public. Et celles qui sont le plus décriées restent France 4 et France Ô. Selon les documents du CSA, elles « ont du mal à justifier leur nécessité sur un réseau hertzien national. » Les chaînes marginales de France Télévisions créent « des doutes sur le périmètre du groupe » et « si leur présence devait être maintenue, il sera indispensable de redéfinir leur ligne éditoriale. »

 

Des chaînes pas très claires

L’image de France Ô n’a jamais été saisie. Elle n’est pas la chaîne de l’outre-mer, mais celle de la « diversité », diffusée principalement en métropole et peu dans les DOM-TOM. Est-ce le facteur de son échec ? La chaîne « multiculturelle » a connu la plus mauvaise audience de la télévision le samedi 25 octobre dernier avec son magazine D’un monde à l’autre : 0% de parts de marché. Il aura fallu attendre la diffusion en prime-time de la série américaine Lost pour s’élever au maigrichon score de 0,3%.
Quid de France 4, la chaîne des « nouvelles écritures » ? Depuis le règne Pflimlin, elle est devenue la chaîne « laboratoire » où le directeur des programmes a tout essayé. Nommée aussi la chaîne de la jeunesse, elle a misé sur l’innovation : On n’est plus des pigeons, Permis de conduire : l’expérience inédite, Anarchy, Alcootest,etc. La chaîne tente même un coup de poker cette rentrée avec la saison 4 de Hero Corp et L’autre JT, un journal télévisé alternatif. Malheureusement, jamais avec succès : France 4 a réalisé un score d’1,8% en 2013. Et les critiques sont encore plus fortes aux vues des budgets conséquents adonnés (45 millions d’euros pour France 4 et 35 millions d’euros pour France Ô, selon Le Point). Des rumeurs sur France 4 la transformeraient en chaîne de rediffusion, sorte de VOD en direct, ou carrément la faire disparaître afin de libérer une fréquence.

LCI sur le coup ?

France Télévisions perd énormément d’argent avec ses deux chaînes en naufrage. Si France 4 n’existait plus, c’est des économies importantes de budget et un emplacement sur la TNT libéré. Le groupe TF1 surveillera l’affaire depuis que la fermeture de LCI a été avortée. Jusqu’au 30 juin, Orange a accepté de poursuivre son contrat « dans les mêmes conditions financières. »  La chaîne d’information en continu aurait tout à gagner dans cette affaire. Le canal 14 se situant juste avant BFM TV et I<télé, il permettrait à LCI de se replacer dans la course de l’info.
Et si France TV avait sa propre chaîne d’info continue ? Dans Le Point du 30 octobre, le sénateur PS, David Assouline propose de « positionner France 2 en unique grande chaîne généraliste et transformer France 3 en chaîne d’info continue de qualité, renforcée par les équipes en régions. Avec ça le service public écraserait les chaînes d’info privées. » Tous ces projets permettraient de fortes économies au groupe du service public, de marquer l’identité des chaînes historiques et d’évincer les programmes impopulaires. Des idées pour Rémy Pflimlin afin de prolonger son mandat ?

 

Florian Guadalupe