Tagué: france televisions

Charlie Hebdo : Que retient-on de la couverture médiatique des attentats ?

Après les attentats du début du mois de janvier, l'heure est au bilan pour les médias de l'audiovisuel

Après les attentats du début du mois de janvier, l’heure est au bilan pour les médias de l’audiovisuel

Durant l’attaque à Charlie Hebdo et les malheureux évènements qui l’ont suivie, les médias audiovisuels ont fait face à une situation inédite. De lourds moyens techniques ont été mis en œuvre pour suivre l’affaire. Quel bilan peut-on en tirer ?

La surprise, puis la réaction. La triste nouvelle apprise, l’ensemble des médias, notamment audiovisuels mais aussi web, a chamboulé leur programme déployant une édition spéciale : direct avec journalistes sur le terrain, analyse par des experts, etc. Les réseaux sociaux, les institutions et les journalistes eux-mêmes ont critiqué certaines manœuvres des médias pour avoir des exclusivités et les meilleurs images, parfois au dépend du bon déroulement des opérations de la police et des gendarmes. Que faut-il retenir, quelles erreurs ont été faites ?

Danger du sur-plus d’information

Rumeurs ou intox, durant trois jours une pluie d’information est tombée à la télévision et sur les réseaux sociaux. Les médias devaient faire preuve de recul avec les données des actions lors des opérations à Dammartin-sur-Goëlle et à Porte de Vincennes.

L’annonce de France 2 de la présence de Lilian Lepère,  salarié de l’imprimerie où étaient cachés les frères Kouachi, aurait pu le mettre en péril. Une information récupérée par la Deux à la suite d’une interview de la sœur du « présumé otage ». « On ne peut pas dire que nous avons mis en danger le frère de cette personne », affirme au Monde, Thierry Thuillier, directeur de l’information de France Télévisions, « à partir du moment où on comprend que la sœur est sans nouvelle de son frère et qu’elle dit cesser de l’appeler pour éviter de le compromettre s’il est caché, on change l’angle de la conversation à l’antenne ».

Autre cas sur BFM TV, à la fin de l’assaut à Porte de Vincennes, la femme de l’un des otages dénonce la diffusion de la chaine d’information continue de la présence d’otages cachés dans une chambre froide du supermarché. Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV, a tenu expliqué qu’ils n’ont jamais mentionné leur existence dans un bandeau. Seul, le journaliste Dominique Rizet, en plateau, a évoqué une fois la présence d’une femme cachée, se justifiant l’avoir dit avec l’accord d’un contact au Raid. Certains sites web comme l’Express.fr ont regretté avoir donné trop information et ont fait leur mea culpa : « Nous sommes censés, nous apprend-on dans les écoles, ne diffuser une information que si elle a été vérifiée à deux sources différentes et fiables. On l’oublie trop souvent, au gré des circonstances, des urgences, des fausses certitudes ou des nécessités – et quand je dis on, je monte dans la barque avec L’Express. On tâchera de s’en souvenir. »

« Grand coup de chapeau aux journalistes »

Bien que de nombreuses erreurs aient été réalisées durant cette lourde semaine, il ne faut pas oublier les circonstances inédites pour les journalistes. L’information aurait pu être contre-productive, notamment avec les caméras avant les assauts, qui auraient pu aider les terroristes à suivre le déroulement des opérations. Mais ne négligeons pas le travail journalistique qui a aussi permis au public de suivre l’affaire et d’aider les forces de l’ordre. « Il y a probablement eu quelques erreurs ici ou là, mais quel travail. Grand coup de chapeau ! » félicite Mémona Hintermann, membre du CSA au micro de Jean-Marc Morandini sur Europe 1, « le zéro défaut n’existe pas ».

Quand un évènement d’une telle ampleur débarque dans les rédactions, le réflexe n’a pas été que la course à l’information. Une majorité de médias a d’abord essayé d’avoir un décryptage clair de l’incident, avant de prendre des mesures efficaces pour couvrir les évènements correctement. « Nous avions les moyens d’adopter une approche prudente. On a un service police-justice composé de cinq personnes qui, jour et nuit, est là pour valider l’information donnée sur nos antennes », raconte Laurent Guimier, directeur de France Info« l’idée n’est pas de fanfaronner en disant : « On n’a pas fait d’erreur » mais bien de se dire qu’on a tenu nos engagements éditoriaux même dans les moments de très fortes tensions ».

Une rencontre entre les dirigeants de l’audiovisuel

L’accalmie revenue, le CSA a réuni jeudi l’ensemble des médias afin de revenir sur le traitement médiatique des attentats à la télévision et la radio. Animée par Olivier Schrameck, président du gendarme de l’audiovisuel, près d’une quarantaine de responsables sont venus exposer leurs difficultés et les problématiques rencontrées. Objectif de cette journée : comprendre le cadrage de l’information sur ces évènements pour servir demain en pareilles circonstances.

Principale remarque faite : les relations avec les autorités publiques. Afin d’éviter des maladresses ou dérapages, Thierry Thuillier, Hervé Béroud et Céline Pigalle, directrice de la rédaction d’i<télé, ont réclamé « un interlocuteur permanent du côté des autorités ». Cette mesure empêcherait au moins de divulguer la présence ou non d’otages et de doser l’information en fonction des enquêtes et de l’opération. Même si les dirigeants des grandes chaînes et radios seront toujours dans la quête de l’exclusivité et de l’audience, principale mesure de revenu de ces rédactions. Pour rappel, BFM TV a enregistré son record historique le jour de l’attaque à Charlie Hebdo avec 13,3% de parts d’audience.

Florian Guadalupe

Publicités