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Départementales : Faut-il taper sur le FN pour sauver le PS ?

Le premier ministre, Manuel Valls, mène une bataille politique intense contre le Front national. Une stratégie  de communication juste avant le premier tour des élections départementales. Scrutin où le PS est annoncé en difficulté.

Le premier ministre, Manuel Valls, mène une bataille politique intense contre le Front national avant les élections départementales. Scrutin où le PS est annoncé en difficulté.

À quelques jours du premier tour des départementales, Manuel Valls mène toujours une campagne acharnée contre le Front national. Intervenu au Grand Journal lundi 16 mars pour de nouveau dramatiser l’enjeu de ces élections, le premier ministre a rappelé la « peur » qu’il avait face à la montée du FN.

Les élections départementales approchent et les sondages sont mauvais pour le Parti socialiste. La majorité de François Hollande n’est créditée qu’à la troisième place derrière l’UMP et le FN. De quoi faire frissonner tous les sympathisants de gauche. Pour essayer de sauver un maximum de cantons, le premier ministre a choisi un cap : se battre contre le FN, quitte à s’épuiser dans les médias.

Le parti de Marine Le Pen compte bien gagner le plus grand nombre de cantons. Dans le Tarn, la vague Bleue marine vise même trois élections sur quatre. La menace présente, Samuel Cèbe, premier secrétaire fédéral du Parti socialiste du département, soutient évidemment Manuel Valls dans sa bataille électorale : « Une campagne contre le FN est nécessaire. Si elle n’a pas lieu, qui le fera ? Ce sont aux grands acteurs de ce pays de lutter contre la montée du FN ». Selon lui, lorsque le locataire de Matignon lutte contre le FN, « l’enjeu n’est pas de sauver le PS, mais de sauver la République. L’objectif est combattre la banalisation des idées de l’extrême droite qui s’installent en France ».

Autre département proche de tomber entre les mains du Front National, l’Aisne. Selon un sondage Odoxa publié dans Le Parisien le 15 mars, le parti Bleu marine réaliserait un score de 41% au premier tour, loin devant l’UMP-UDI (24%) et le PS et ses alliés (20%), ces derniers qui dirigent le département. « Il faut prendre en compte l’effet médiatique du FN, voir comment les médias entretiennent un FN fort », assure Mathieu Mayer, secrétaire fédéral à la communication du Parti socialiste de l’Aisne, « en suivant la campagne tous les jours des candidats socialistes, on ne voit pas cette dynamique du Front national. On a bon espoir de garder notre canton ». Le jeune responsable politique s’accorde avec la ligne du Parti socialiste, mais ne veut pas stigmatiser pour autant les électeurs du Front national : « La bataille politique est indispensable. Manuel Valls en chef de file est à sa place. Il faut se réveiller. Mais pour convaincre les électeurs, il faut parler à leur intelligence et arrêter de les traiter de facho. Le premier ministre a choisi cette stratégie qui correspond à son tempérament, à son caractère. Et il a raison, il faut mener cette bataille politique, mais il est intéressant de voir comment il le fait. Il le fait par déconstruction du programme FN et non par dramatisation du FN. »

« Plus l’on tape sur quelqu’un, plus l’on voudra le défendre »

Les lignes politiques des élus locaux socialistes rejoignent toutes celle du chef du gouvernement, alors que de grandes voix à droite comme à gauche s’élèvent pour critiquer cette stratégie. Dans les Landes, Benoit de Valicourt est consultant en communication et candidat sous l’étiquette UMP-UDI-MoDem. Selon lui, l’erreur principale de Manuel Valls est de donner de l’importance au FN. « S’il mène une campagne contre le FN, ça voudrait dire qu’il n’y a plus d’idées. La seule façon de combattre le parti de Marine Le Pen, c’est de l’ignorer. À partir du moment où on cite le FN, le parti et ses dirigeants, on fait leur communication », lance le candidat de Dax 1. Pour ces élections, les candidats FN sont présents dans quasiment tous les cantons, mais n’ont que très peu misé sur leur communication. « Partir en guerre contre le FN, c’est accréditer la thèse de l’échec politique en France et prouver aux électeurs que le FN peut avoir des solutions. Il ne faut pas les victimiser. Quand Valls mène sa campagne contre le FN, ça ne fait que renforcer le vote pour le parti bleu marine. C’est un raisonnement basique. Plus l’on tape sur quelqu’un, plus l’on voudra le défendre », conclue-t-il.

Si Manuel Valls a choisi de se battre contre le FN, c’est parce qu’il a répété à plusieurs reprises la « peur » qu’il entretenait de voir sa montée. Mais est-ce le bon choix de communication ? « Ici, Manuel Valls a utilisé une communication de posture, d’image et non pas de message. Quand on est premier ministre et qu’on a peur, tout le monde a peur. Les gens se replient alors sur les messages qui ont un sens, qui sont souvent ceux des extrêmes », explique Pierre-Olivier Lauvige, spécialiste en communication de crise, « en déclarant la guerre au FN, il n’a fait que le renforcer ». Ce choix de communication a une autre répercussion selon l’expert : « En ayant peur, Manuel Valls a perdu son statut de leader. En situation de crise, il faut rassurer les gens, en mettant en évidence son message par rapport à l’image. Sa communication cherche clairement à rassembler. Plus l’on est en difficulté, plus l’on veut rassembler. Mais de cette manière, ça panique les gens. Alors que les extrêmes rassurent en montrant une confiance en eux ».

Stratégie du premier ministre efficace ou contre-performante ? « Ce qui est clair, c’est qu’on dirigera moins de cantons au second tour », termine Mathieu Mayer, « mais de notre côté, on va tout faire pour sauver l’Aisne. Il peut y avoir une reconquête, mais il faut toujours que le PS soit présent ». Pour Manuel Valls, la présence des socialistes au second tour est aussi un enjeu pour son poste. Un probable remaniement est annoncé après les élections, Matignon pourrait changer d’hôte.

 

Florian Guadalupe

 

France Ô et France 4 à la trappe ?

 

Le bilan du mandat de Rémy Pflimlin, président de France Télévisions, est tombé ! La note est sévère. Dans un document de cent pages, le CSA « a relevé nombre d’objectifs non atteints et d’insuffisances » dont France 4 et France Ô.

 

C’est la ca-ca, c’est la cata, c’est la catastrophe. À part France5, le rapport du gendarme de l’audiovisuel dénonce « l’échec d’une claire identification des lignes éditoriales des chaînes » du service public. Et celles qui sont le plus décriées restent France 4 et France Ô. Selon les documents du CSA, elles « ont du mal à justifier leur nécessité sur un réseau hertzien national. » Les chaînes marginales de France Télévisions créent « des doutes sur le périmètre du groupe » et « si leur présence devait être maintenue, il sera indispensable de redéfinir leur ligne éditoriale. »

 

Des chaînes pas très claires

L’image de France Ô n’a jamais été saisie. Elle n’est pas la chaîne de l’outre-mer, mais celle de la « diversité », diffusée principalement en métropole et peu dans les DOM-TOM. Est-ce le facteur de son échec ? La chaîne « multiculturelle » a connu la plus mauvaise audience de la télévision le samedi 25 octobre dernier avec son magazine D’un monde à l’autre : 0% de parts de marché. Il aura fallu attendre la diffusion en prime-time de la série américaine Lost pour s’élever au maigrichon score de 0,3%.
Quid de France 4, la chaîne des « nouvelles écritures » ? Depuis le règne Pflimlin, elle est devenue la chaîne « laboratoire » où le directeur des programmes a tout essayé. Nommée aussi la chaîne de la jeunesse, elle a misé sur l’innovation : On n’est plus des pigeons, Permis de conduire : l’expérience inédite, Anarchy, Alcootest,etc. La chaîne tente même un coup de poker cette rentrée avec la saison 4 de Hero Corp et L’autre JT, un journal télévisé alternatif. Malheureusement, jamais avec succès : France 4 a réalisé un score d’1,8% en 2013. Et les critiques sont encore plus fortes aux vues des budgets conséquents adonnés (45 millions d’euros pour France 4 et 35 millions d’euros pour France Ô, selon Le Point). Des rumeurs sur France 4 la transformeraient en chaîne de rediffusion, sorte de VOD en direct, ou carrément la faire disparaître afin de libérer une fréquence.

LCI sur le coup ?

France Télévisions perd énormément d’argent avec ses deux chaînes en naufrage. Si France 4 n’existait plus, c’est des économies importantes de budget et un emplacement sur la TNT libéré. Le groupe TF1 surveillera l’affaire depuis que la fermeture de LCI a été avortée. Jusqu’au 30 juin, Orange a accepté de poursuivre son contrat « dans les mêmes conditions financières. »  La chaîne d’information en continu aurait tout à gagner dans cette affaire. Le canal 14 se situant juste avant BFM TV et I<télé, il permettrait à LCI de se replacer dans la course de l’info.
Et si France TV avait sa propre chaîne d’info continue ? Dans Le Point du 30 octobre, le sénateur PS, David Assouline propose de « positionner France 2 en unique grande chaîne généraliste et transformer France 3 en chaîne d’info continue de qualité, renforcée par les équipes en régions. Avec ça le service public écraserait les chaînes d’info privées. » Tous ces projets permettraient de fortes économies au groupe du service public, de marquer l’identité des chaînes historiques et d’évincer les programmes impopulaires. Des idées pour Rémy Pflimlin afin de prolonger son mandat ?

 

Florian Guadalupe