Tagué: web

Alain Juppé, l’art de la communication efficace

Alain Juppé a été désigné par le magazine GQ, "l'homme politique de l'année".

Alain Juppé a été désigné par le magazine GQ, « l’homme politique de l’année ».

Après ses affaires judiciaires à la fin des années 1990, son exil à Montréal et sa défaite aux législatives de 2007, Alain Juppé a fait un retour fracassant sur le devant de la scène avec une communication rôdée. L’ancien premier ministre a réussi son année en cassant l’image de l’homme passéiste et technocrate et devenant une autre alternative pour 2017. Pour la moitié des français, il ferait « un bon président » devant Manuel Valls (32%) et Nicolas Sarkozy (31%) selon un sondage de Vivavoice commandé par Libération le 22 décembre 2014.
« Après avoir lancé sa candidature cet été pour à la présidentielle de 2017, Alain Juppé a maintenu sa communication, notamment sur les réseaux sociaux. Son statut d’homme d’Etat expérimenté est dans la continuité de son image au Quai d’Orsay » explique Gilles Boyer, son conseiller communication qui a élaboré avec l’ancien ministre des Affaires étrangères son retour efficace.

Une stratégie ciblée

La communication du chef du gouvernement de Jacques Chirac passe une grande partie par son blog, qu’il tient depuis 2000, et sur lequel il a annoncé le 20 août sa candidature à la présidentielle, mais aussi son programme au moment du retour de Nicolas Sarkozy et ses prises de positions sur l’actualité. »Son blog-notes, al1jup, est très repris, très lu et très efficace depuis la fin de l’été » ajoute le bras de « gauche » d’Alain Juppé, revendiquant 6 000 visites par jour contre 1 000 auparavant, « sa campagne municipale réussie a été un vrai boost. Sa stratégie de communication  a été très ciblée. L’objectif est de ne pas avoir besoin de se montrer partout et tout le temps ».
L’ancien président du RPR fait souvent la une des journaux d’opinions mais aussi des Inrocks, magazine idéologiquement à gauche où il prend le contrepied de l’ancien président en pleine campagne pour la présidence de l’UMP. Alain Juppé incarne une ligne différente de Nicolas Sarkozy, plus orientée à gauche. Alors que les débats tournent autour de l’abolition de la loi Taubira, l’ex-ministre de la Défense de 2010 à 2011 déclare être « favorable à l’adoption par un couple du même sexe ».

« En politique, on n’est jamais fini »

Une position franche après le succès de son passage à Des paroles et des actes sur France 2 le 2 octobre. Son retour se ressent par l’embellie dans les sondages, gagnant quinze points depuis juillet 2014 (sondage LH2, le 9 octobre) et le plaçant premier pour la primaire UMP de 2016. Il est alors plébiscité par GQ le 19 novembre qui le nomme « homme politique de l’année ». Il reçoit d’ailleurs le Prix 2014 de l’humour politique, décerné par le Press Club de Paris, pour sa phrase : »En politique, on n’est jamais fini, regardez-moi! ».
L’actuel maire de Bordeaux a connu des traversées du désert. Premier ministre en 1995, il accuse d’une forte impopularité, notamment à la suite de mouvements de grèves pour « la défense des acquis sociaux ». Adjoint au maire aux Finances de Paris, il est condamné en 2004 à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’éligibilité pour une affaire d’emplois fictifs, une partie des journalistes estimant qu’il « paye pour Jacques Chirac ». Il se retire au Québec par la suite, avant de revenir se présenter aux législatives en 2007. Une élection synonyme d’échec l’empêchant d’obtenir le millefeuille ministériel de l’Ecologie. Alain Juppé, ayant regagné la mairie de Bordeaux, se met en retrait des médias et travaille sur une nouvelle approche des Français.

Pour 2015, « la même ligne »

« On a choisi de faire des choses différentes que les autres: élargir la communication sur le plan culturel. Mais il ne faut pas être sur tous les médias, il ne faut pas en faire une overdose. On a refusé 99% des demandes » avoue Gilles Boyer. Et lorsqu’il se fait huer dans sa propre ville à Bordeaux le 22 novembre sur le sujet d’une primaire ouverte aux partis centristes, devant des militants UMP aux côtés de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé reste de marbre. Il est d’ailleurs soutenu par de nombreux cadors du parti, comme Jacques Chirac. Son positionnement sur l’échiquier politique plus au centre lui offre le soutien de François Bayrou  et marque clairement l’image de l’homme de droite modéré.
Cette posture, le membre du triumvirat de l’UMP « va l’intensifier lors de la primaire en 2016. Il faudra s’adapter aux circonstances et à l’actualité. Pour 2015, l’objectif n’est pas de maintenir la même communication mais de garder la même ligne » souligne son conseiller communication.

 

Florian Guadalupe

Publicités

Charlie Hebdo : Que retient-on de la couverture médiatique des attentats ?

Après les attentats du début du mois de janvier, l'heure est au bilan pour les médias de l'audiovisuel

Après les attentats du début du mois de janvier, l’heure est au bilan pour les médias de l’audiovisuel

Durant l’attaque à Charlie Hebdo et les malheureux évènements qui l’ont suivie, les médias audiovisuels ont fait face à une situation inédite. De lourds moyens techniques ont été mis en œuvre pour suivre l’affaire. Quel bilan peut-on en tirer ?

La surprise, puis la réaction. La triste nouvelle apprise, l’ensemble des médias, notamment audiovisuels mais aussi web, a chamboulé leur programme déployant une édition spéciale : direct avec journalistes sur le terrain, analyse par des experts, etc. Les réseaux sociaux, les institutions et les journalistes eux-mêmes ont critiqué certaines manœuvres des médias pour avoir des exclusivités et les meilleurs images, parfois au dépend du bon déroulement des opérations de la police et des gendarmes. Que faut-il retenir, quelles erreurs ont été faites ?

Danger du sur-plus d’information

Rumeurs ou intox, durant trois jours une pluie d’information est tombée à la télévision et sur les réseaux sociaux. Les médias devaient faire preuve de recul avec les données des actions lors des opérations à Dammartin-sur-Goëlle et à Porte de Vincennes.

L’annonce de France 2 de la présence de Lilian Lepère,  salarié de l’imprimerie où étaient cachés les frères Kouachi, aurait pu le mettre en péril. Une information récupérée par la Deux à la suite d’une interview de la sœur du « présumé otage ». « On ne peut pas dire que nous avons mis en danger le frère de cette personne », affirme au Monde, Thierry Thuillier, directeur de l’information de France Télévisions, « à partir du moment où on comprend que la sœur est sans nouvelle de son frère et qu’elle dit cesser de l’appeler pour éviter de le compromettre s’il est caché, on change l’angle de la conversation à l’antenne ».

Autre cas sur BFM TV, à la fin de l’assaut à Porte de Vincennes, la femme de l’un des otages dénonce la diffusion de la chaine d’information continue de la présence d’otages cachés dans une chambre froide du supermarché. Hervé Béroud, directeur de la rédaction de BFM TV, a tenu expliqué qu’ils n’ont jamais mentionné leur existence dans un bandeau. Seul, le journaliste Dominique Rizet, en plateau, a évoqué une fois la présence d’une femme cachée, se justifiant l’avoir dit avec l’accord d’un contact au Raid. Certains sites web comme l’Express.fr ont regretté avoir donné trop information et ont fait leur mea culpa : « Nous sommes censés, nous apprend-on dans les écoles, ne diffuser une information que si elle a été vérifiée à deux sources différentes et fiables. On l’oublie trop souvent, au gré des circonstances, des urgences, des fausses certitudes ou des nécessités – et quand je dis on, je monte dans la barque avec L’Express. On tâchera de s’en souvenir. »

« Grand coup de chapeau aux journalistes »

Bien que de nombreuses erreurs aient été réalisées durant cette lourde semaine, il ne faut pas oublier les circonstances inédites pour les journalistes. L’information aurait pu être contre-productive, notamment avec les caméras avant les assauts, qui auraient pu aider les terroristes à suivre le déroulement des opérations. Mais ne négligeons pas le travail journalistique qui a aussi permis au public de suivre l’affaire et d’aider les forces de l’ordre. « Il y a probablement eu quelques erreurs ici ou là, mais quel travail. Grand coup de chapeau ! » félicite Mémona Hintermann, membre du CSA au micro de Jean-Marc Morandini sur Europe 1, « le zéro défaut n’existe pas ».

Quand un évènement d’une telle ampleur débarque dans les rédactions, le réflexe n’a pas été que la course à l’information. Une majorité de médias a d’abord essayé d’avoir un décryptage clair de l’incident, avant de prendre des mesures efficaces pour couvrir les évènements correctement. « Nous avions les moyens d’adopter une approche prudente. On a un service police-justice composé de cinq personnes qui, jour et nuit, est là pour valider l’information donnée sur nos antennes », raconte Laurent Guimier, directeur de France Info« l’idée n’est pas de fanfaronner en disant : « On n’a pas fait d’erreur » mais bien de se dire qu’on a tenu nos engagements éditoriaux même dans les moments de très fortes tensions ».

Une rencontre entre les dirigeants de l’audiovisuel

L’accalmie revenue, le CSA a réuni jeudi l’ensemble des médias afin de revenir sur le traitement médiatique des attentats à la télévision et la radio. Animée par Olivier Schrameck, président du gendarme de l’audiovisuel, près d’une quarantaine de responsables sont venus exposer leurs difficultés et les problématiques rencontrées. Objectif de cette journée : comprendre le cadrage de l’information sur ces évènements pour servir demain en pareilles circonstances.

Principale remarque faite : les relations avec les autorités publiques. Afin d’éviter des maladresses ou dérapages, Thierry Thuillier, Hervé Béroud et Céline Pigalle, directrice de la rédaction d’i<télé, ont réclamé « un interlocuteur permanent du côté des autorités ». Cette mesure empêcherait au moins de divulguer la présence ou non d’otages et de doser l’information en fonction des enquêtes et de l’opération. Même si les dirigeants des grandes chaînes et radios seront toujours dans la quête de l’exclusivité et de l’audience, principale mesure de revenu de ces rédactions. Pour rappel, BFM TV a enregistré son record historique le jour de l’attaque à Charlie Hebdo avec 13,3% de parts d’audience.

Florian Guadalupe

Nous avons tous un peu de Charlie

"Je suis Charlie", le message diffusé sur les réseaux sociaux en soutien à l'hebdomadaire

« Je suis Charlie », le message diffusé sur les réseaux sociaux en soutien à l’hebdomadaire

Midi, les médias les plus fiables le confirment. Une fusillade sanglante a lieu dans la rédaction de CharlieHebdo. Bilan fait par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur : douze morts et huit blessés dont quatre grièvement. L’heure est au recueillement en France. Sur les réseaux sociaux, c’est un raz de marée d’hommages. On se souvient de #notinmyname ou #bringbackourgirls, pour cette tragédie les internautes ont exprimé leur tristesse mais aussi leur solidarité à travers le hashtag #JeSuisCharlie. Un soutien réalisé par l’ensemble de la classe politique, d’Emmanuel Macron à Christian Estrosi, en passant par Arnaud Montebourg et Cecile Duflot. Une émotion qui a dépassé les frontières françaises.

Ce ne sont pas simplement des journalistes et des policiers qui ont disparus. Ce sont des français. Ce sont des personnes qui défendent la liberté d’expression, la liberté de la presse et toute sorte de liberté qui soit. La présence de la presse libre et indépendante en France est gage de démocratie. Nous sommes tous touchés et horrifiés. Nous sommes tous satiriques devant la politique, les médias, la religion, la société. Nous sommes tous dessinateurs, rêveurs, provocateurs. Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, les smartphones, les téléphones, nous avons tous une part de journaliste en nous. Oust les débats de religions ! Je ne veux pas commencer à expliquer une chose qui n’est pas à expliquer. Simplement, ceci n’est pas l’Islam. 
Ce mercredi 7 janvier 2015, la France, les français et Charlie ont vécu un instant noir. Une douleur partagée par une grande majorité qui a su rassembler derrière un même sentiment, celui du recueil. Après avoir vu ces derniers mois, tous ces débats autour de l’identité nationale, l’immigration, le communautarisme et tous ces sujets qui clivent le pays, je peux être fier de voir en France une union nationale, au de-là des classes politiques, de la religion et de la classe sociale. Aujourd’hui, nous avons tous été Charlie.

 

Florian Guadalupe

Tinder : plus qu’une application, un réseau social

 

Tinder a réussi à se faire un nom. Barclays estime son chiffre d’affaires à 200 millions d’euros en 2016. – (source photo : Wikipédia)

Tinder a le vent en poupe. Barclays estime son chiffre d’affaires à 200 millions d’euros en 2016. – (source photo : Wikipédia)

Droite, gauche, droite, gauche. Le doigt vire dans ces deux sens et les photos défilent à une vitesse folle. Tinder, c’est l’art de flirter en évitant les râteaux. L’application mobile, créée il y a seulement deux ans, devient un réel réseau social branché.

L’appli qui match ! En fusionnant proximité, rencontre et simplicité, Tinder s’impose en 2014 comme un concurrent sur le marché des réseaux sociaux. Fruit du travail de quatre Américains, le supermarché de l’amour, ce sont 21 employés à plein temps à Los Angeles et 65 demandes de mariages réussies. Catégorisé comme un site de rencontre, le service mobile évolue progressivement à l’instar d’un vrai réseau social.

Tinder, une communauté ?

Sean Rad, co-fondateur de l’application de l’amour, a déclaré  avoir plus d’1,2 milliard de swipes (le geste pour dire si on aime ou non le profil de quelqu’un) par jour, soit 350 millions de plus par rapport à mai 2014. Malgré le fait qu’AppData compte 2 millions d’utilisateurs par jour et que Les Echos annonce 30 millions d’afficionados de Tinder, la société ne souhaite pas donner de chiffre sur la question même si elle déclare une augmentation de 5% par jour. Une réussite que Clément Pellerin, formateur en réseaux sociaux, explique « du fait de l’élimination des formulaires longs à remplir des autres sites de rencontre et de la simplicité d’usage », avant d’ajouter que « la gratuité est bien évidemment une raison du succès ».

Lors de son allocution à la conférence de Forbes du 20 octobre, Whitney Wolfe, co-créatrice de Tinder, a révélé 2 milliards de matches fin 2012 et une population homme-femmes équilibrée. Selon elle, l’objectif de l’application est de « mener à une rencontre immédiate et décomplexer la rencontre en ligne ». Décomplexer mais aussi glorifier. En quelques minutes, l’application juge sur l’apparence et flatte l’égo. Avec sa géolocalisation programmée, Tinder forme une réelle communauté. Son aspect de réseau de niche et la difficulté de faire de faux profil légitiment les membres de l’application dans leur recherche de « l’amour ». Cet espace numérique, en majorité d’utilisateurs urbains, n’oblige pas à se mettre en couple mais plutôt favorise les coups d’un soir. Un vrai concept inspiré des dates à l’américaine qui homogénéise la culture de la drague.

« Un formidable écosystème »

Tinder s’est démarqué en s’inspirant des différentes fonctionnalités des autres réseaux sociaux. Pour Vincent Glad dans CheekMagazine, « l’appli a réussi là où Facebook a échoué, à savoir en connectant des inconnus entre eux ». Les poke et les likes de Facebook sont les ancêtres des swipes et des matches.  Alors que sa gratuité est un des facteurs de sa popularité, la révolution technico-amoureuse prépare des gadgets payants : le bouton « annuler » permettant de revenir sur un profil swipé et la touche « passeport » avec géolocalisation illimitée.

Sean Rad l’assure dans Forbes, « ce formidable écosystème » est un réseau social : « les gens voyagent, ils essayent de se faire des amis sur place grâce à Tinder. Certains l’utilisent pour faire du business. Il y a des artistes qui cherchent à diffuser leur musique et atteindre leurs fans. Des gens utilisent aussi Tinder pour avoir plus de followers sur Instagram. » Une agence de publicité nord-irlandaise s’est d’ailleurs appropriée le service  pour une campagne de faux profils de lutte contre la prostitution (voir encadré ci-dessous). Cet écosystème  s’étend même sur les autres réseaux sociaux : les utilisateurs s’échangent leurs profils Facebook, se suivent sur Twitter et proposent même des bêtisiers des profils les plus drôles sur Tumblr.

Tinder Thumb, addict aux matches

Du bon comme du mauvais. L’application des dragueurs du net révèle aussi des défauts. Dans le documentaire Love me Tinder diffusé sur France4, la journaliste évoque le comportement très entreprenant de certains prétendants et l’effet  de travail à la chaîne du flirt. La presse anglaise a même découvert une addiction qu’elle nomme le Tinder Thumb, soit une consultation incessante à chaque fois qu’on se trouve dans un nouveau lieu, pour ne rater aucune cible potentielle. « Tinder peut nuire à la relation hommes femmes dans la mesure où l’on est vraiment dans la consommation d’un produit » confie Clément Pèlerin, l’expert en médias sociaux, « on ne cherche pas à creuser, on sait que l’on pourra trouver facilement d’autres prétendants ».

La plateforme numérique des tchatcheurs a su correctement se positionner sur le marché fructueux des rencontres sur Internet, estimé à 1,13 milliards de dollars selon lejournaldunet. Une société française s’est déjà inspirée de Tinder pour créer Happn : encore loin d’être aussi populaire que sa grande sœur, ce petit poucet ambitionne de ringardiser l’application des matches. Mais Tinder surveille les mastodontes des médias sociaux, notamment Facebook. Même s’ils sont partenaires (il faut avoir un compte Facebook pour être sur le service), David veut titiller Goliath. À ce jour, le terrain sur lequel les deux se retrouvent est le parcours en dents de scie de leurs fondateurs : coup de théâtre début novembre, Sean Rad, co-fondateur de Tinder, est démis de ses fonctions de PDG pour une affaire d’harcèlement sexuel sur Whitney Wolfe. L’application n’a pas encore prévu de se placer en bourse, mais a déjà de quoi sortir un film : The Tinder Social Network.    

 

Florian Guadalupe

 

« Tinder a dépassé le stade de simple appli de rencontre »

Lauren Provost, l’experte des réseaux sociaux de l’Huffington Post. – (source photo: plus.google)

Lauren Provost, l’experte des réseaux sociaux de l’Huffington Post. – (source photo: plus.google)

Spécialiste des réseaux sociaux et journaliste au Huffington Post, Lauren Provost voit en Tinder plus qu’une simple application : un réseau social et un canal de communication.

Comment Tinder est devenu un réseau social ?

Si Tinder reste une application mobile, celle-ci réunit dès le départ les composantes clés d’un réseau social, à savoir des individus reliés entre eux, une technologie et la création de contenus. On voit, par exemple ici, les profils des utilisateurs et leurs discussions quand ils matchent. On pourrait donc dire que Tinder a été conçu comme un réseau social et n’en est pas vraiment « devenu » un.

L’application a pourtant évolué depuis sa création ?

Si on doit parler d’une transformation de Tinder actuellement, je dirai que l’application a effectivement passé un cap car, désormais, des personnes extérieures au réseau créent du contenu spécialement pour Tinder et ses utilisateurs. Pour vous donner un exemple récent, en Irlande, une agence a conçu une campagne de sensibilisation contre le trafic sexuel à la demande du Conseil de l’Immigration. La campagne se déroule sur Tinder avec de faux profils de femmes. Lorsque l’utilisateur fait défiler les photos de leur profil, il découvre peu à peu des éléments troublants comme des hématomes. La dernière photo du profil dévoile qu’il s’agit d’une campagne et contient un message de sensibilisation. Avec cet exemple, on voit également que Tinder a dépassé le stade de simple appli de rencontre. Aujourd’hui son utilisation est détournée, comme lorsqu’un jeune à la recherche d’emploi décide d’y publier son CV.

Les fonctions des web-écrans

Pour comprendre comment sont utilisés les web-médias, Médiamétrie-Web Observatoire a analysé le comportement d’ultra-connectés. Pourquoi ? Il existe 15% des français qui se connectent sur l’ordinateur, le smartphone ou la tablette tous les jours chaque mois. Cette génération se concentre comme celle des « geeks ». Elle représente à 57% des hommes de 15-24ans (48%) CSP+ (43%) vivant en région parisienne.

Les fonctions de ces instruments

L’utilisation de web-média demeure aujourd’hui influente puisque le contenu se déplace de plus en plus sur le web. Son utilisation reste plus que préoccupante pour les sociétés qui veulent déterminer les fonctions de ces instruments. L’ordinateur subsiste de loin le plus utilisé pour entrer en connexion. Chez ces « ultra-connectés », surfer sur Internet et les recherches sur moteurs de recherche apparaissent comment les plus importants emplois. Les annonceurs s’intéressent à la pratique des réseaux sociaux : elle apparaît comme la sixième activité via une « tour » et la tablette contre une huitième place sur les téléphones. Autre question qui préoccupe la presse : comment l’information est-elle perçue par les web-medias ? 57% en lisent sur l’ordinateur, 41% sur les smartphones contre seulement 37% sur la tablette.

Trois web-medias différents

La pratique de chaque web-médias diffère ce qui en fait chacun un moyen à part. L’ordinateur se positionne sur une fonction très sérieuse. 7 ultra-connectés sur 10 consultent leur compte bancaire et l’historique de leurs achats via un pc. D’ailleurs, elle apparaît au quatrième rang des activités du web-média. Juste derrière, la recherche d’information pour des achats prend place. Rien de surprenant, 2 « geeks » sur 3 se renseignent par un « computer » sur des produits et s’en servent pour comparer les prix.
Le mobile, quand à lui, se présente comme fonctionnel. Ses utilisations révèlent surtout  son aspect pratique. Le fait que l’objet soit utilisable n’importe où, n’importe quand et rapidement en fait un moyen utile à la recherche. C’est pourquoi 6 utilisateurs sur 10 l’utilisent pour rechercher une information précise. En dehors de son poste, le smartphone se transforme en récepteur radio. Trois connectés l’usent pour l’écouter. De plus, le média se trouve 3ème dans les médias d’information après Internet et la presse gratuite.
Enfin, les tablettes sont moins présentes chez les utilisateurs. Logique, ils sont plus chers, plus encombrants et plus fragiles. Mais il reste un web-média conséquent dans l’utilisation du web. Ses fonctions premières paraissent pour le visionnage de programmes télévision. Moins chère qu’un grand écran, la tablette permet par le site de suivre en streaming une émission ou une série. On voit aussi qu’un quart des utilisateurs s’en servent pour le replay, le rattrapage en retard.

Florian G.

Peut-on tout diffuser à la télévision ? L’exemple d’Indochine

imageduclipchoccollegeboydindochinediffusele2mai201310908280gdbfl1713

Un sujet qui fait des remous : quelles sont les limites de diffusion à la télévision ? Indochine a créé le « buzz » avec son dernier clip College Boy. Pourquoi ? Il dépeignait l’ascension cruelle d’un bizutage d’un collégien dans son établissement allant jusqu’à des tortures obsèdes. Une vidéo qui a choqué de nombreuses personnes, et notamment François Laborde, membre du CSA, qui a estimé sur Le grand Direct des Médias sur Europe1, qu’il n’avait pas sa place sur les chaînes de diffusion musicale. Une déclaration rapidement contestée par Xavier Dolan, le réalisateur du court-métrage. Alors, y-a-t-il des frontières à ne pas franchir à la télévision ? Analyse.

Le trash pour moraliser

L’argument ultime de Xavier Dolan est, à travers ces deux minutes trente, dénoncer les comportements des enfants entre eux. Le réalisateur explique dans le Huffington Post que l’objectif est de « fournir à la jeunesse une œuvre à la fois réaliste et poétique, et qui puisse illustrer de manière graphique la brutalité dont ils sont à tour les dépositaires, instigateurs, ou témoins ». Il précise notamment que « Jamais il ne fût question de choquer volontairement, ou de provoquer un coup de marketing -dont ni Indochine ni moi n’avons besoin, soyons francs- ce que par ailleurs vous avez fait de votre propre chef en créant ce scandale imaginaire ». C’est l’aspect artistique que Xavier Dolan veut mettre en avant plus que la forme concrète du clip. Il est vrai que la télévision a vu assez terrible pour sensibiliser les téléspectateurs : une campagne de la sécurité routière a aussi choqué une partie du public. D’un point de vue artistique, la télévision s’est toujours censurée lorsqu’on souhaitait parler de certains tabous. On voit rarement le tableau de Gustave Courbet, L’origine du monde, son aspect sexuel gêne le CSA qui cherche à protéger les enfants. Des sujets comme la guerre, le sexe ou la drogue sont à prendre avec des pincettes au risque de se faire réprimander. De toute manière, la télévision n’est plus le média des jeunes, mais c’est désormais l’Internet. Un petit écran avec une immense base de données menant à des données bien plus choquantes que celle de la télé. Le réalisateur n’en fait aucun doute, car pour lui, « l’Internet veillera à la survie de ce document ».

Le CSA assure la bienséance

Les débats autour du clip ont fait jacter sur tous les médias et les déclarations de Françoise Laborde ont légèrement gênés. Ses interventions précédentes ont déjà fait émule, souhaitant la non-diffusion de téléréalité avant 22 heures. Une décision pas très claire puisqu’elle met dans le même sac tous les styles de téléréalité, autant celle d’enfermement que les télé-crochets ou les émissions culinaires. Lorsqu’elle s’est avancée sur le thème d’Indochine, elle a été très claire. Elle ne voulait pas de ce genre de vidéos en diffusion libre sur la télévision, cela relevait de sa mission. Un choix très compréhensible : un enfant n’a pas accès  encore à tous les codes pour décrypter le message du clip, il n’en verra que la violence ressortissante. On peut croire que cela permettra à certains gamins de comprendre ce qui n’est pas de bon de faire, mais cela peut-il aussi donner des idées à d’autres ? La violence du court métrage va choquer de nombreux enfants qui ne comprendront que l’image d’une violence gratuite. Le CSA a d’ailleurs pris les choses en mains : selon l’article 1er de la loi du 30 septembre 1986, relatif à la communication au public par voie électronique, le législateur a d’ores et déjà veillé à ce que soient assurés des principes aussi fondamentaux que le respect de la dignité humaine et la protection de l’enfance et de l’adolescence. Ainsi, le conseil a déclaré à toutes les chaînes qu’il y aura des mises en demeure pour celles qui décidaient de diffuser des extraits violents de la vidéo musicale. On doit toujours attendre les actions du CSA envers certaines téléréalités rabaissant des candidats ou donnant une perception de la réalité fausse aux enfants. Dorénavant, le clip est particulièrement visionné sur le net, sans avoir le succès du « buzz » à la télévision. Il n’est actuellement « qu’à » 600 000 vues.

 

Florian G.

Le buzz comme outil marketing, ou l’efficacité du modèle Audrey Pulvar

7759628498quandcharliehebdotraitelelectiondupapealasaucenabila

Anglicisme de bourdonnement, cette technique consiste à faire du bruit autour d’un évènement  un nouveau produit ou d’une offre. Cette stratégie est souvent utilisée dans les entreprises commerciales qui souhaitent faire parler d’eux un maximum. Toutefois, de nombreux buzz naissent d’un concours de circonstances. C’est au service marketing des sociétés de déterminer à quel moment prendre la vague d’une mode, sans risquer de paraître dépassé. Analyse.

Le modèle Audrey Pulvar

Depuis que l’ex-femme d’Arnaud Montebourg a avoué sur Arrêt Sur Image que son nom était générateur de clics, elle a pu expliquer comment le phénomène peut se répandre facilement. L’idéal est de viser un public le plus large possible afin d’encourager la plus grande propagation d’un message. Le buzz permet aux annonceurs de diffuser une publicité sous deux degrés : le premier stade est celui du contenu même de l’annonce, le second stade se situe au niveau même du buzz, qui se place dans la psychologie cognitive du consommateur. Il reconnaîtra d’abord la connotation avant de l’assimiler au contenu. Voilà des méthodes qui se reposent sur le bouche-à-oreille, mais encore plus sur l’aspect Web 2.0. Comme le définit si bien la journaliste de RTL, le « clic » est générateur de buzz. Celui-ci peut se diffuser par les réseaux sociaux « texte » comme Facebook ou Twitter, les outils de réseaux sociaux comme Foursquare, des réseaux communautaires interactifs comme Youtube, et le blogging. Pour terminer, le buzz peut se créer par le comportement inhabituel de célébrités, dans des séries télévisées ou des films.

Les phénomènes de mode

« Allo ? Allo ? T’es une fille, t’as pas de shampoings ? ». La plastique Nabilla des Anges de la Téléréalité est certainement le plus gros bruit retentissant du moment. Chaque média s’empresse de reprendre ses manières, dans n’importe quelle situation que ce soit. Même France Culture s’est retrouvé à en faire une référence. Peu de temps après, c’est Charlie Hebdo qui s’en est servi pour faire la Une avec une parodie du Pape François. Mais Oasis en a aussi profité pour répandre une publicité où une orange imite la demoiselle. Ce n’est pas la première fois qu’une phrase est utilisée comme repère. On se remémore du fameux « Casse-toi Pauvre Riche » ou « Si tu reviens, j’annule tout » de Libération qui a relancé les ventes du quotidien. La stratégie marche aussi avec les danses : dernièrement, on a eu le Gangnam Style de Psy, ou le Harlem Shake. Une nouvelle race d’humoristes fait ses marques sur le web s’appuyant en grande partie sur cette stratégie. La bande à NormanFaitDesVidéos a su créer le buzz pour mettre en valeur leurs talents. Mais attention aux excès de confiance, pour rester au top, il faut innover ! Le souci de cette stratégie est le temps éphémère de sa durée de vie.

 

Chaque semaine, un nouvel événement, créé volontairement ou non, fait son apparition, que ce soit une publicité, un comportement, une déclaration ou une image. Mais il doit y avoir tout de même quelques limites au buzz. Il ne faut pas atteindre la dignité humaine pour se faire entendre. Alors que Luca Rocco Magnotta en a fait son cheval de bataille, les images de sa vidéo sanglante ont été interdites de diffusion. On a aussi un mal à délimiter les frontières de l’humour et de l’insultant : l’épisode de la Une de Charlie Hebdo avec une caricature de Mahomet avait fait parler d’elle avant même qu’il soit à disposition de la vente. Le buzz permet aussi aux petits entrepreneurs de prendre de l’importance sur le marché. Comme le disait un grand philosophe, un phénomène peut aller « vers l’infini et l’au-delà ».

Florian G.